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13 Reasons Why : le harcèlement dans la série et dans la vie

écrit par le 9/07/2017 et modifié le 14/07/2017 - Psycho, Séries télé - 0 commentaire

Depuis le début de l’année, la série 13 Reasons Why, disponible dès mars 2017 sur Netflix, a beaucoup fait parler d’elle. Avec cette adaptation du roman de Jay Asher, les thématiques du suicide et du harcèlement scolaire ont étés mis sur le devant de la scène dans les médias et sur les réseaux sociaux. Si plusieurs émissions et films ont déjà vu le jour, le sujet est encore aujourd’hui considéré comme tabou dans notre société. Or, dans le monde, ce sont plus de 200 millions d’enfants et adolescents qui en seraient victimes, d’après l’UNESCO. Un chiffre choquant qui devrait alerter le monde entier…

© Beth Dubber / Netflix

 

Tentative de définition du harcèlement scolaire

Pour définir le fléau qu’est le harcèlement, nous avons demandé l’avis de Geneviève Abrial, notre rédactrice Psycho !

Comment peut-on définir le harcèlement scolaire ?

Je définirais le harcèlement avec une citation de Nicole Catheline, pédopsychiatre : « Le school-bullying, ainsi qu’on nomme le harcèlement scolaire dans les études internationales, désigne une conduite intentionnellement agressive adoptée par un ou plusieurs élèves, qui se répète et qui dure.»

Comment un enfant peut-il devenir un harceleur ? Qu’est-ce qui le pousse à harceler ?

Un enfant a un psychisme en construction. Cela signifie qu’il peut être l’objet de pulsions intérieures puissantes et contradictoires qui le gouvernent parfois. Cependant, l’enfant n’a pas encore appris à gérer et contrôler tout cela, pour vivre en conformité avec la société dans laquelle il vit.

Une source située dans les profondeurs de son psychisme, pousse un enfant à devenir harceleur. Il y a très certainement une identification à la victime, une partie de soi qu’on déteste et qu’on voit à travers la victime. Probablement aussi un problème dans le passé de l’enfant harceleur, une blessure, qui exerce son influence sur son psychisme, de façon souterraine. Il y a bien sûr, également, un plaisir sadique à faire souffrir quelqu’un.

En général, dans les phénomènes de groupe à l’école, il y a un harceleur principal, et des suiveurs, qui soit s’associent de façon active, soit qui ne disent rien, laissent faire, par sidération sans doute, en espérant surtout ne jamais tomber du côté de la victime.

La plupart du temps, la victime se renferme sur elle-même. Comment expliquer ce comportement ? Pourquoi le suicide apparaît-il comme la seule solution ?

La victime a honte. C’est pour cela qu’elle est victime d’ailleurs. Si elle avait en elle la ressource de réagir immédiatement, de se défendre, de ne pas accepter ce qui se passe, alors elle ne serait pas victime. Elle possède une fragilité, sur laquelle vient pointer le comportement du harceleur. Tout cela inconsciemment.

La victime, dans le processus, perd petit à petit totalement confiance en elle, se sent anéantie, est obsédée par la situation, ne pense plus qu’à ça. Elle est tétanisée et son état psychique la met alors en danger car elle ne sait plus se protéger : c’est ce qu’on appelle un traumatisme.

Pour un ado, la reconnaissance du groupe est essentielle à son développement. Se sentir différent, exclu, isolé, est vécu comme une grave atteinte à son intégrité. Une dépression, un anéantissement de soi, un enfermement psychique, un isolement social peuvent conduire tout droit au suicide.

Comment pouvez-vous expliquer ce tabou qu’il y a dans notre société face au harcèlement scolaire ?

C’est toujours difficile de parler de ce genre de problème car on sent bien qu’ils recèlent de graves dysfonctionnements en profondeur.

En effet, il ne s’agit pas seulement du comportement. Si ces situations sont possibles, et surtout si elles s’amplifient, c’est parce que l’école, le monde adulte, ne sont plus assez sécurisants, qu’il y a de graves lacunes en terme d’écoute, d’expression de soi, de considération pour l’autre, de structure sociale, etc.

C’est donc un appel à des remises en question difficiles, qu’on peut préférer laisser de côté.

© Beth Dubber / Netflix

 

Le harcèlement dans 13 Reasons Why

Dans 13 Reasons Why, Hannah Baker est une adolescente de 17 ans qui décide de mettre fin à sa vie. Elle laisse derrière elle 13 cassettes qui correspondent aux 13 raisons qui l’ont poussée à se suicider. Tout au long de la série, nous sommes plongés dans l’écoute de ces 13 cassettes. Nous assistons à l’humiliation qu’elle a vécu, découvrons les personnes qui l’ont faite souffrir et tout cela jusqu’à sa mort.

Au menu, culture du viol, diffusion de photos personnelles avec l’utilisation de smartphones, attouchements sexuels, moqueries : Hannah Baker est clairement victime de harcèlement scolaire. On assiste à sa descente aux enfers. À chaque épisode, un événement se produit qui fait sombrer Hannah petit à petit dans une dépression qui la prive de toute communication avec sa famille et ses camarades du lycée. La plupart des actes de harcèlement en question sont en partie causés par des hommes. Ils sont représentés comme dominants dans la série (dans le groupe de lycéens que nous suivons). Le harcèlement que subit Hannah se renvoie à une certaine représentation de la femme : Hannah n’est pas comme les autres, elle n’est pas le prototype féminin que la société affiche à tout le monde et cela agace.

Concernant la représentation du harcèlement dans la série, les avis sont mitigés : certains pensent qu’il est représenté comme dans la vraie vie, tandis que d’autres trouvent qu’il ne s’agit pas du harcèlement scolaire comme il se produit dans la vie des adolescents. C’est d’ailleurs le cas de Pierre Gouzy, de l’Association de Lutte Contre le Harcèlement Scolaire (ALCH). Pour lui, « Hannah subit quelque chose de beaucoup plus insidieux que le vrai harcèlement scolaire. » En revanche, Pierre Gouzy pense que cette série « peut aider parce qu’on se rend compte que ce qu’on vit n’est pas normal. Elle peut également aider beaucoup de personnes à se rendre compte du mal qu’elles peuvent faire ».

Le problème de l’écoute des établissements scolaires face au harcèlement des enfants et adolescents est aussi traité dans la série : on remarque que le conseiller (une sorte de CPE américain) des élèves du lycée ne semble pas voir le problème que subit Hannah. Quand celle-ci lui parle du viol qu’elle a subi, il lui demande sans aucune gêne si, en fin de compte, elle n’était pas consentante…

© Beth Dubber / Netflix

 

Le harcèlement dans la (vraie) vie

Entre fiction et réalité, il y a souvent des décalages. Mais entre 13 Reasons Why et la vraie vie, il n’y a peut-être pas tant de différence que ça.

Comme le note Geneviève Abrial, « la reconnaissance du groupe est essentielle. Se sentir différent, isolé, est vécu comme une grave atteinte à l’intégrité » pour des adolescents. Hannah subit exactement ce genre de choses. Le collège, le lycée, ce sont les périodes pendant lesquelles les adolescents se cherchent. Les groupes qui se forment sont constitués principalement de personnalités semblables mais si une personne n’est pas conforme à la majorité, elle est directement mise à l’écart. Les victimes possèdent, la plupart du temps, un trait de personnalité qui ne plaît pas, une différence qui font d’elles des « proies faciles ».

« Dans la réalité c’est plus subtil, moins voyant » pense Pierre Gouzy. Pour lui, le harcèlement dont est victime Hannah est une autre forme de harcèlement scolaire. En réalité, la victime subira des attaques dans l’univers scolaire et sur les réseaux sociaux mais pour Hannah, elle subit également des attaques en dehors du lycée comme par exemple lors de soirées. Son harcèlement dépasse le cap du scolaire : c’est quelque chose de beaucoup plus prononcé mais plus discret.

Au sujet du silence des établissements scolaires, la série et la réalité se rejoignent. « Il y a beaucoup d’établissements qui refusent de voir le problème et qui considèrent cela comme de simples chamailleries » poursuit Pierre Gouzy. Là est le problème dans la réalité, problème qui est retranscrit dans 13 Reasons Why. Le lycée où étudie Hannah essaie de « se disculper » du suicide de cette dernière. En effet, la famille d’Hannah a porté plainte contre l’établissement et fait face à un combat compliqué. Le lycée n’essaie pas de se remettre en question alors qu’Hannah a explicitement parlé de son mal-être et de son viol au conseiller des élèves du lycée. Un point important et grave que notre société doit régler, car l’école est l’un des endroits qui génère le harcèlement.

© Beth Dubber / Netflix

 

Des pistes pour lutter contre ce fléau

Alors qu’il persiste depuis des années, on ne trouve pas de réel moyen pour contrer le harcèlement.

Pour Geneviève Abrial, il faut « écrire des articles, en parler, divulguer de l’info, des témoignages. » Elle poursuit : « Au lieu de penser l’école en terme de performance scolaire, je pense qu’on devrait penser l’école comme un lieu avant tout de socialisation et d’éveil culturel, et y faire entrer des procédés pédagogiques nouveaux, où l’on apprend à être solidaire en groupe, où l’on apprend l’écoute de l’autre, l’écoute de soi, l’expression par les arts, l’empathie, où l’on apprend qui on est ; envisagé dans le jeu, le plaisir, l’épanouissement et le rythme de chacun. Beaucoup d’enfants ne sont pas heureux à l’école, et c’est dommage. »

Pour Pierre Gouzy de l’ALCH, « les établissements devraient être plus attentifs, réactifs et à l’écoute. Ce serait bien de mettre en place une section dans la formation des professeurs, pour leur apprendre à gérer ce fléau car ils ne sont pas assez bien formés. Une formation spéciale pour apprendre à gérer ce problème serait peut être un 1er pas. Peut-être que les établissements le verraient autrement qu’un simple conflit. »

© Beth Dubber / Netflix

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