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Concours de nouvelles n°2 : Kalystie

écrit par le 25/11/2015 et modifié le 24/11/2015 - Jeux / concours - 0 commentaire

Découvrez cette semaine les 5 nouvelles gagnantes de notre concours de nouvelles n°2 organisé avec les éditions Le Livre de Poche sur le thème du rêve. On continue à vous faire découvrir les nouvelles gagnantes avec la nouvelle de Rachel ZUFFEREY, Kalystie.

Snake charmer, sexy. with python.

Je descends lentement les marches du long et étroit escalier de pierre. Elles sont crasseuses. L’endroit est sombre, éclairé d’à peine quelques torches toutes les vingt marches. Je me rapproche toujours plus des bas-fonds de la Terre. En me voyant arriver, le garde m’ouvre la lourde porte de fer tout en s’inclinant. Je sens sa peur s’échapper de chaque pore de sa peau. Grisant. D’une démarche assurée, je m’engage dans le sinistre couloir, noir, bordé de cachots aux barreaux sales et rouillés. De temps à autre, j’y jette un coup d’œil, mais ne prends pas le temps de m’arrêter.

Du moins, jusqu’à ce que je me fasse saisir brusquement le bras.

« – Kallie… »

L’homme retire sa main dès que la vipère enroulée autour de mes épaules glisse le long de mon bras pour le mordre, en sifflant de menace. Lentement, je me tourne vers celui qui a été l’amour de ma vie.

« – Grey, je murmure, comme si je dégustais une friandise. »

Il est dans un piteux état. Torturé depuis une semaine, son visage est recouvert de sang séché, ses cheveux, autrefois d’un blond pur et éclatant, sont désormais négligés et… en fait, il lui en manque. Quant à son corps…

Je laisse glisser mon regard sur ses muscles encore puissants, son torse parfait et imberbe, ses cuisses athlétiques. Il est couvert de blessures béantes, sanguinolentes. Je devine que son dos doit être en lambeaux. A cette pensée, mon sourire s’élargit, et plus encore lorsque son regard émeraude passe de mon visage terrifiant au serpent autour de mon cou.

« – Kallie, je t’en prie. Ne fais pas ça, arrive-t-il à articuler, de sa voix rauque à force d’avoir crié son impuissance.
– Ne fais pas quoi ?
– Tu peux tout arrêter, tu sais ?
– Arrêter alors que je viens de commencer ? Allons, allons, ce ne serait pas raisonnable.
– Kallie… »

Il fait un pas en ma direction. Mais ma vipère siffle, alors il s’immobilise. M’amusant de la situation, je m’avance, m’accrochant aux barreaux.

« – Ne t’inquiète pas, Syra ne mord que si je le lui ordonne… ou si je suis menacée. Mais tu ne serais pas assez fou pour cela, n’est-ce pas ? »

Histoire de bien marquer mes propos, je penche légèrement la tête sur le côté, tout en clignant des yeux, d’un air presque innocent. Il refait un pas vers moi. Autour de mon cou, Syra bouge, méfiante.

« – Kallie, je sais que tu m’en veux, et que tout ça est de ma faute. Mais je t’en prie, arrête tant qu’il est encore temps. Tu seras damnée sinon.
– Je le suis déjà… »

Je passe la main à travers les barreaux pour caresser tendrement son visage. Surpris, sa main vient se poser sur la mienne, comme pour me guider. Il se rapproche encore. Son visage est maintenant collé contre les petites ouvertures de son cachot. Un torrent de lave se propage dans mes veines tandis que je me penche pour déposer un baiser empreint de rage sur ses lèvres. Il y répond, forçant le passage de ma bouche. Si j’étais encore celle qu’il avait connue, je l’aurais laissé faire sans négocier, sans penser. Mais là… Malgré les frissons qui parcourent mon échine. Malgré la chaleur que je sens naître entre mes cuisses. Hors de question !

Aussi rapide et fugace que le vent, je saisis sa lèvre inférieure entre mes dents, et la mords jusqu’à ce qu’une goutte de sang s’en échappe. C’est le signal. Syra siffle, et d’un brusque mouvement de tête, plante ses venimeux crochets dans le cou de Grey, qui hurle de douleur avant de tomber au sol.

« – Brave petite, dis-je en embrassant le sommet de la tête de celle qui désormais, ne me quitte jamais. »

Puis sans un regard pour l’homme agonisant au sol, je m’éloigne. Les quelques bruits que pouvaient faire les autres prisonniers se sont totalement évaporés. Tous espèrent que je vais les ignorer. Eh bien, ce soir, c’est leur jour de chance.

Devant le dernier cachot se tient Azmaël, le plus coriace de mes démons. Il s’incline lorsque je m’arrête près de lui, puis recule en croisant le regard de Syra.

« – Comment est-elle ?
– Un peu amochée, mais nous vous l’avons laissée en bon état.
– Parfait. Tenez-vous prêt.
– A vos ordres, Ma Dame. »

Je pénètre dans le cachot. Agenouillée contre le mur, les bras attachés par des chaînes, la tête tombante sur sa poitrine dénudée, se tient celle que je hais le plus au monde.

« – Bienvenue dans mon enfer, Léanne. »

Lentement, la jeune femme relève la tête, ses cheveux s’écartant pour laisser voir son visage de porcelaine. Parfait, ils n’ont pas abîmé cette partie.

« – Kallie ?
– On m’appelle Kalystie maintenant. »

Elle est terrifiée. Je le sens. Mon corps réagit. Le feu qui couvait dans mes veines s’enflamme à nouveau, en une sensation jouissive.

« – Ne… N’étais-tu… ?
– Morte ? »

J’écarte les bras, amorçant un léger mouvement de vague au niveau des épaules. Syra glisse le long de mon bras, puis de ma taille, de mes jambes, avant de finir au sol où elle se redresse de toute sa hauteur en sifflant.

« – Je suis morte. Mais j’ai eu droit à une seconde chance. »

Et devant l’air terrorisé de Léanne, je déploie mes ailes, aussi sombres que les ténèbres.

« – Qu’est-ce que tu es ? gémit-elle.
– Un ange, douce Léanne. Je suis un ange.
– Les anges sont des êtres bons.
– Pas tous, je dis dans un murmure. »

Elle tremble. Ce nouvel accès de peur m’enhardit plus encore.

« – Qu’attends-tu de moi ? Que veux-tu ?
– Je veux que tu hurles de douleur.
– Mais… pourquoi ? Je… je ne t’ai jamais rien fait…
– Ah oui ? Douce et innocente Léanne ! Le simple fait que tu existes a contrarié mon existence. Vois-tu, je me suis juré de faire payer ma mort à tous ceux qui ont été, à un moment ou un autre, en contact avec moi. Et figure-toi que tu es en tête de ma liste…
– Mais…
– Ça suffit ! »

Je lève la main et serre le poing. En face de moi, la jeune femme arrondit ses yeux de stupeur, tandis que sa bouche s’ouvre et se ferme, comme un poisson cherchant à respirer hors de l’eau. Elle suffoque. Et plus elle a peur, plus mon corps crépite d’excitation. Puis je relâche ma pression. Elle tousse. Crache. Essaie de réguler son souffle. Je l’observe, un sourire aux lèvres. Cette séance de torture va être la meilleure de ma vie.

Sauf qu’une lumière vive et pure envahit soudain le cachot, figeant Léanne dans sa douleur.

« – Kalystie ! appelle une voix pleine d’autorité derrière moi.
– Pas maintenant, je suis occupée.
– Tu es convoquée. »

Je pose mon menton sur mon épaule, tout en lançant un regard ennuyé à l’archange éblouissant de beauté et de sagesse qui s’est incrusté dans mon univers.

« – Sariel, tu déranges le rêve de cette jeune femme… »

Son regard se fait plus sévère, ce que je n’aurais pas cru possible quelques instants auparavant.

« – Laisse les rêves des humains en paix.
– Tu me l’as déjà dit, mais je suis tenace.
– Et c’est pour cela que tu es convoquée ! Tu vas être châtiée, Kalystie. »

Je détourne le regard pour observer la pauvre petite chose fragile à mes pieds.

« – Je suis déjà châtiée, je murmure. »

Le long de ma jambe, Syra a repris son ascension pour retrouver sa place autour de mes épaules.

« – Dépêche-toi, Kalystie ! ordonne Sariel. Ne fais pas attendre le Conseil.
– Que se passera-t-il si je ne me présente pas ?
– Tu seras déchue sans avoir pu t’expliquer. »

La lumière disparaît, laissant à nouveau place aux ténèbres. Léanne recommence à tousser, et des larmes coulent sur ses joues.

Quitte à être déchue…

Je m’avance, m’agenouille vers la jeune femme, et murmure à son oreille :

« – Je vais revenir te voir, douce Léanne… »

D’une caresse à la fois douce et brutale, je lui ouvre la joue sur toute sa longueur du bout de l’ongle. Puis, rabattant mes ailes autour de moi, je me laisse envelopper par les ténèbres.
 

FIN

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