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Des services de pollinisation assurés par des abeilles sauvages

écrit par le 29/09/2014 et modifié le 7/05/2017 - Animaux, Ecologie, Thème du mois - 0 commentaire

Cœur d’abeille est une startup biotech spécialisée dans la recherche et les solutions de pollinisation. Rencontre avec Thibaut Dancette, son fondateur. 

 

coeur abeille

 

So What?: On parle beaucoup d’un phénomène mondial inquiétant : la disparition des abeilles. Pouvez-vous nous en dire plus?
Thibaut Dancette: Depuis 1995, en France, 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année. Ce chiffre peut monter à 80% dans certains ruchers, totalement vidés de leurs abeilles.

 

So What?: On accuse souvent les pesticides d’être la première cause de mortalité des abeilles. Est-ce bien là le premier et seul facteur ?
Thibaut Dancette: Ce n’est en fait ni le premier, ni le seul. La mortalité des abeilles est multi factorielle:

  • Pesticides (particuliers et agriculteurs)
  • Absence de biodiversité (suppression des haies, monocultures)
  • Varroa (un acarien qui parasite les abeilles)
  • Frelon asiatique (un prédateur introduit dans une cargaison de poteries en 2004)
  • Des maladies (virus, bactéries)
  • Sans doute des causes moins étudiées (les ondes par exemple)

 

So What?: Combien dénombre-t-on de ruches en France aujourd’hui ?
Thibaut Dancette: Il y a environ 1,2 millions de ruches en France, pour environ 60.000 apiculteurs. Les particuliers qui possèdent quelques ruches représentent près de 80% des apiculteurs ! Ces chiffres sont alarmants car en baisse constante. La France importe maintenant la moitié de sa consommation de miel (40.000 tonnes environ par an).

 

So What?: Concrètement, comment se manifeste la disparition des abeilles? 
Thibaut Dancette: En dehors des frelons et des varroas, qui sont facilement identifiables, et des pesticides qui provoquent un des comportements visibles (malformations, troubles du comportement, désorientation), un phénomène est apparu depuis quelques années : le syndrome d’effondrement des colonies (CCD). Les abeilles disparaissent subitement, à n’importe quelle époque de l’année, souvent en laissant en place une ruche pleine de miel et de couvain. Aucune explication définitive n’a encore été trouvée.

 

So What?: Si l’espèce des abeilles venait à disparaître totalement, quelles seraient les conséquences sur l’écosystème?
Thibaut Dancette: Désastreux. Les abeilles pollinisent 80% de l’environnement végétal depuis des millions d’années; sans elles, plus de fruits, plus de légumes… Certaines espèces sont pollinisées par le vent, et vous pourriez encore manger du blé, du maïs et du riz, mais tout notre écosystème serait menacé.

 

So What? Au quotidien, quelles solutions chacun peut-il mettre en œuvre pour contribuer à limiter ce risque ?
Thibaut Dancette: Il suffit d’adopter un comportement logique et responsable : préférer le bio dans son alimentation et ses cosmétiques, qui favorise les productions sans traitements ou avec des produits naturels ; acheter des fruits et légumes de saison ; éviter les viandes issues de production intensives.

 

So What?: Coeur d’abeille propose de parrainer des colonies d’abeilles. Pouvez-vous nous en dire plus?
Thibaut Dancette: Pour une somme annuelle modique (à partir de 29 euros), les particuliers pourront parrainer une ruche sur www.coeurdabeille.com et recevoir leur miel, personnalisé à leur nom, des informations et photographies de leur ruche (floraison, miellées, naissances, reine, santé etc), et suivre l’évolution des programmes tout au long de l’année. Nous sommes engagés en mode de production biologique. Les produits de nos ruchers sont certifiés Bio.

 

So What?: Qu’en est-il de vos programmes de recherche ?
Thibaut Dancette:
Nous avons lancé 3 programmes de recherche :

  • Le premier est lié au frelon asiatique, en sélectionnant des colonies d’abeilles qui pourront se défendre face à ce prédateur. L’une de nos colonies a en effet développé un système de défense qui parait efficace. Nous allons essayer de reproduire ce caractère, sans doute génétique.
  • Le second concerne la sauvegarde de notre abeille locale, l’abeille noire. Nous allons chercher, surveiller et étudier des colonies sauvages (génétique, comportements, résistances, alimentation) dans des endroits préservés.
  • Le troisième programme concerne la biodiversité et l’alimentation des abeilles. Nous voulons tenter de créer de mini espaces de biodiversité au sein des ruchers afin de déterminer si cela peut améliorer la résistance des abeilles. Une sorte de pharmacie de proximité en quelque sorte. 😉

 

So What?: Avez-vous un message à passer aux écocitoyens?
Thibaut Dancette: Bêchez, binez, et évitez les pesticides et les traitements en journée qui contaminent de très nombreux pollinisateurs. Si une espèce invasive vous envahit, traitez le soir uniquement ; et si vous avez un grand terrain, laissez en 10% en friche : vous verrez apparaître un nombre incroyable de plantes et de fleurs toute l’année et ferez le bonheur des petites bêtes

So What?: Pour finir, un petit conseil beauté : on dit souvent que les bienfaits du miel sur la peau sont nombreux.
Thibaut Dancette: Le miel se retrouve dans de très nombreuses recettes cosmétiques (mel dans les ingrédients). Il favorise l’hydratation de la peau, et ses propriétés bactériostatiques en font un allié précieux pour aider à combattre des formes d’acné, rougeurs, et accélérer la cicatrisation. D’autres produits de la ruche sont utilisés en cosmétique et en médecine depuis des millénaires : la cire d’abeille comme durcisseur et filmogène, dans les sticks à lèvres par exemple, ou comme épaississant dans les crèmes. La propolis est un antiseptique majeur, la gelée royale stimule la production de collagène ; même le venin est utilisé ! Les abeilles sont des expertes en cosmétique, ne l’oublions pas, ce sont des filles 😉

 

So What?: Merci Monsieur Dancette d’avoir répondu à nos questions !

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