
Je me rappelle d’une époque, non sans regretter de ne plus y vivre telle une mauvaise copie de Marty McFly, où il était si facile de tirer sur les jeux FIFA car en face, Konami avec son ISS commençait à imposer une nouvelle façon de voir le football sur consoles, moins fantaisiste, plus proche de la réalité. Alors oui, Coupe du Monde 98 avait une ambiance fantastique, mais les matches se résumaient souvent à bourriner le bouton Triangle du DualShock avec un joueur pas trop maladroit en course, pour ensuite humilier le portier qui présentait, la plupart du temps, la tare d’être né de la dernière pluie.
Il y a prescription maintenant, on peut le dire, ce n’était pas du foot à proprement parler. Plus des interactions avec un joli microcosme sportif licencié. De son côté, ISS Pro était certes moins sexy visuellement mais délivrait un panel d’actions et de situations plus variées que chez son concurrent, pour au final donner la sensation au joueur de prendre part à un véritable match de football à travers sa manette. A partir de ISS Pro Evolution, enfoncer FIFA (qui était plus un « run’n'shoot » qu’autre chose) apparut comme quelque chose de normal et logique. L’histoire se répète aujourd’hui, mais pas dans le même sens et avec visiblement des « winners » qui ne se sentent plus.
On va arrêter là pour l’historique de ces deux séries qui se tirent la bourre, depuis maintenant de nombreuses années, à coup d’éditions annuelles plus ou moins enrichies. Nous avons aujourd’hui entre les mains FIFA 13 et PES 2013. D’un côté, la confirmation attendue d’une suprématie établie il y a un an ou deux par EA Sports. De l’autre, une transition censée faire le pont avec la prochaine version dont on suppose qu’elle sera un puissant électrochoc. Le roi semble être déjà tout désigné, mais attennedeez !
Quand on arrive en ville
Honneur à la série vaincue de l’année passée, PES 2013 a la « malchance » de beaucoup ressembler à PES 2012. Suffisant pour que ceux qui s’étaient détournés de la série de Konami en 2011 (voire avant) ne reviennent pas en 2012. A l’inverse, FIFA 13 s’inspire pas mal de FIFA 12, s’assurant ainsi déjà une belle base de fans, ceux-là mêmes qui s’étaient montrés très satisfaits du précédent opus. La conclusion de cette critique croisée serait-elle déjà écrite ? Je ne vous ai pas demandé d’attendre pour rien mes amis, et le but de tous ces paragraphes sera de vous convaincre que cette année, ce sont deux excellents jeux de foot qui s’offrent à vous. Quand je parle d’offrir, c’est pour la formule hein.
Quand FIFA se la joue PES (1).
Commençons par le commencement, soit les premières minutes passées sur chacun des deux softs. Après un peu trop de chargements, de renseignements à fournir et de chargements, on arrive devant le menu principal, et il était vraiment important d’évoquer ce point car on note assez vite des soucis d’ergonomie et d’interface sur le titre d’EA Sports, surnommé par certains « L’intouchable ». On croule sous les modes de jeu, les stats continuellement mises à jour, les messages publicitaires. Riche en contenu, FIFA 13 l’est assurément, mais on s’y perd si vite que ceux qui ne comptaient pas s’investir profondément dans le jeu seront confortés dans leurs intentions, tant l’ensemble est brouillon et qu’aucune notice papier ne permet de s’informer à l’avance sur toutes les bonnes choses contenues dans ce FIFA.

Quand FIFA se la joue PES (2).
Bon point en revanche pour PES 2013 où les menus sont clairs, épurés (oserai-je dire « beaux » ?), avec les modes de jeu illustrés et décrits en une ou deux phrases (je ne sais plus). Un détail pour certains, surtout que PES 2013 n’innove pas en ce qui concerne les compétitions proposées. Mais au moins, on ne sera pas dérangé à chaque retour de menu par une sauvegarde automatique bien irritante dans FIFA 13. Avantage à PES ici, même si les deux nous cassent (me casse si ça peut vous faire plaisir) les oreilles avec leurs B.O. toujours loin de nous mettre dans l’ambiance comme savait le faire Akira Yamaoka.
Aussi chargé que Ronaldo, l’autre
« Le contenu, attardons-nous dessus », me conseille un ami ayant acheté ces jeux 70€ chacun (je lui ai transmis qu’il n’était pas doué, ne vous en faites pas). PES 2013 propose toujours des matches amicaux, la Ligue des Masters, le mode Football Life, la Copa Santander Libertadores, des coupes toujours pas licenciées (mais présentes au moins, au contraire de FIFA 13 où il est nécessaire de les créer). Le mode Entraînement est un passage obligé pour saisir les nouveaux mouvements de cette version, ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on vous invite à y faire un tour dès votre arrivée sur le menu principal. On regrettera cependant que certaines épreuves soient mal ou trop peu expliquées, empêchant carrément de les réussir (heureusement que les schémas sont là, notamment pour le double contact). Bref, rien de réellement neuf, mais rien de bof non plus.
Je préfère vous prévenir tout de suite, les noms des différents modes de FIFA 13, à base de « EA, » Sports » et « Football » (oh !) ont le don de m’emberlificoter. N’attendez donc pas de moi que je vous les cite, et vous n’êtes d’ailleurs certainement pas ici pour cela. L’habitué de PES a en tout cas de quoi perdre la tête en voyant que chez EA Sports, on peut par exemple virtuellement jouer le match de la semaine de notre club favori ou bien ceux qui restent à venir. Et avec les effectifs et les états de forme du moment pour coller toujours plus près à la réalité transpirante. Vous pourrez aussi créer votre équipe ultime dans le très justement nommé mode « Ultimate Team ». Mouais, je préfère me débrouiller avec les compositions réelles, mais ça plaira à ceux qui misent tout sur des stats élevées.
A la manière d’un RPG, vous amasserez de l’expérience en gagnant des matches et en remportant des défis, ce qui amènera à débloquer de nouveaux modes et du contenu pour ceux déjà jouables. Il faudra vraiment se forcer pour s’ennuyer dans ce FIFA 13 où il y aura toujours quelque chose à découvrir. Petite trouvaille vraiment sympa, avant de démarrer chaque rencontre, vous prendrez part à de petites épreuves à plusieurs paliers (Bronze, Argent, Or) qui représenteront en quelque chose un mode entraînement éclaté (et évidemment très dur une fois que vous débloquerez le niveau Or). Où comment appréhender par petits morceaux le gameplay pointu de ce jeu sans nécessairement passer par le training mode des familles. Sur le plan de la durée de vie, belle avance prise par FIFA 13 donc, même en l’absence d’une Ligue des Masters et de l’impossibilité de prendre part à une Coupe du Monde ou d’Europe (de futurs DLC sont prévus pour ça, hin hin).
Pas moyen qu’t'y es beau (refrain connu)
Maintenant que, d’une manière générale, FIFA est arrivé au niveau de PES pour finalement le dépasser d’une tête, la différence entre ces deux licences se fait maintenant sur des détails plus ou moins grands, comme un visage réussi d’un côté et un faciès anormalement raté de l’autre. Passons donc au chapitre des graphismes car là aussi, il y a à boire et à manger dans FIFA 13 et PES 2013. FIFA 13 n’est visuellement pas une révolution mais il marque quand même le respect pour celui (ou celle) qui n’aurait pas touché à l’édition de l’année dernière. Les terrains apparaissent plus beaux que les pelouses ternes de PES, les joueurs fourmillent d’animations ne faisant qu’accentuer un peu plus la stagnation de Konami à ce niveau-là. Les célébrations de but brillent cependant (et malheureusement) toujours par leur absence de mise en scène, surprenant pour un jeu ayant longtemps tout misé sur le spectacle. Quant à PES 2013, il permet désormais de reconnaître certaines vedettes du ballon rond grâce à certains de leurs « vrais » mouvements, comme la course de Frank Ribéry ou le jeu ballon au pied d’Andrés Iniesta. Il m’a même semblé reconnaître du premier coup Mathieu Valbuena quand j’en suis venu à voir ses jambes s’agiter tout fort, comme quoi, il y a toujours de l’espoir.
Je te sens court, mon pauvre Gibbs.
Sur la question des visages, je déclarerais ce PES quelques cheveux devant FIFA 13 si on m’y forçait. Certaines faces sont impressionnantes de réalisme dans la simu d’EA Sports (Tevez, Rio Ferdinand, Gignac) tandis que d’autres témoignent soit d’une fainéantise des développeurs (Giroud, Hazard, pas « faits »), soit d’une absence d’envie de leur part de consulter de nouveau leur base de données faciales (Ibrahimović, que j’appelle M. Dubois, inchangé depuis FIFA 12). Sans parler de la représentation virtuelle de Cristiano Ronaldo qui ne soutient pas longtemps la comparaison avec la version de la concurrence. Enfin, c’est toujours la même chanson chaque année, PES essaie de rendre le maximum de joueurs reconnaissables tandis que dans FIFA, on semble être plus sélectif.
Les commentaires, maintenant. Ceux du tandem Mathoux-Sauzée de FIFA 13 restent très sympathiques, mais repompés sur ceux de FIFA 12 voire 11. Pour éviter qu’on ne leur tape trop fort sur les doigts, EA Sports ont ajouté l’homme de terrain, aux propos toutefois dispensables. Petite surprise chez Konami, PES 2013 fait désormais apparaître Darren Tulett aux côtés de Grégoire Margotton. La prestation du consultant anglais n’est pas mauvaise en soi, avec son ton enjoué et son accent pas super tendre pour la langue française, mais on pourra déplorer que certains commentaires prononcés par Christophe Dugarry dans PES 2012 aient été repris mot pour mot pour Darren d’Angleterre, un scandale. J’ai aussi été légèrement dérangé par quelques mots relativement insultants pour l’équipe que l’on dirige (à l’instar du « Ah, pathétique ! » de Duga dans PES 2012), une liberté que l’on se permet pourtant très peu sur Canal, me semble-t-il.

Si Messi ne s’appellait pas Messi, il faudrait le renommer. Ben « Messi », forcément.
Un mot sur le online, qui, au passage, craint vraiment sur la version PC de PES 2013, votre serviteur étant sans cesse déconnecté au bout de quelques secondes de jeu. Carte rouge (MàJ : Konami a réglé le souci et pratiquement aucun lag à l’horizon après quantité de matches perdus. Ballon d’or). En revanche, pas grand chose à redire sur celui de FIFA 13 qui, même s’il occasionne quelques saccades avec certaines connexions, permet de ressentir des sensations quasi-sembables à celles connues lors de sessions offline. Oui, un petit regret toutefois, pas possible de trouver des joueurs débutants acceptant de jouer en manuel. Comprenez-moi, comment éprouver du plaisir à jouer lorsque tout ou presque vous est mâché ? Ah, j’empiète sur l’ultime partie de ce pavé, vite vite, passons-y.
FIFA fa bien
Tout ce qui vient d’être dit n’était que prétexte à donner du corps à la conclusion finale de qui ne reste qu’un avis parmi tant d’autres. Qu’en est-il du plaisir de jeu, de la jouabilité de ces deux simulations ? Il faut tout d’abord se dire que si l’on est longtemps resté fan d’une licence, il ne sera pas évident de s’adapter en deux coups de cuillère à pot au gameplay du rival. FIFA 13 et PES 2013 sont des jeux exigeants qui ne peuvent certainement pas se livrer totalement au premier venu. L’une des forces des derniers FIFA (dont celui-ci), c’est de donner l’impression à presque n’importe quel joueur qu’il est un dieu du pad et ce dès ses premières parties, grâce aux paramètres automatiquement définis en automatique.
Il y en a sûrement qui ne changeront jamais ces réglages, mais ce ne sont définitivement pas leurs voix que l’on prendra en compte lorsqu’on entendra, encore une fois, que FIFA 13 est le meilleur jeu de foot de la Terre et qu’il atomise PES 2013. UN PEU DE RETENUE MES ENFANTS. En mode manuel, c’est une toute autre histoire qui s’écrit. Attendez-vous à perdre des matches en jouant sans trop savoir comment, puis à reperdre des matches en jouant mal, puis à rereperdre des matches en ayant le sentiment de bien jouer, et enfin à rerereperdre des matches en vous rendant compte que votre sentiment précédent n’était qu’illusion. Bien sûr, rien ne vous oblige à jouer totalement en manuel; pour ma part, j’ai configuré les passes en semi-automatique, ce qui ne semble pas m’avoir diminué mon plaisir de jeu. C’est là où PES 2013 apparaît très sympathique car il oblige à s’adapter à une seule configuration (très bonne d’ailleurs) sans vous contraindre à tester différentes combinaisons, même si un nouveau mode lui aussi manuel invitera le joueur à insuffler un peu plus de liberté dans son jeu pratiqué.
Et je ne vous ai pas parlé des sliders de FIFA 13 qui vous permettront de faire certains dosages (comme déterminer le taux d’erreur des passes) à la fois pour vous et pour le CPU, un droit assez dérangeant qui donne l’impression de trafiquer le jeu pour qu’il soit à votre convenance. Dérangeant parce que supposant que la configuration de base n’a pas été calibrée pour être idéale. Et quand bien même il est possible de régler la vitesse des rencontres (lente, moyenne, rapide), elle semble toujours relativement peu réaliste, au contraire du rythme des matches de PES 2013 un peu plus proche de la vérité du vrai terrain. Mais ne nous le cachons pas, FIFA 13 passe un palier en offrant bien plus de fluidité dans les déplacements et la transmission du ballon. Continuons de charger PES 2013 en évoquant certains de ses pires défauts dont l’Intelligence Artificielle, qui ne semble pas avoir tant évolué que cela depuis PES 2012. Les déplacements des joueurs dans les espaces, leurs appels, force est de reconnaître que FIFA 13 fait du bien meilleur boulot sur ces points précis. Les dribbles sont également plus souples dans FIFA alors que les joueurs dans PES semblent avoir mangé un Ali Baddou juste avant le coup d’envoi. Comme cela a été dit et répété dans moult tests, on sent que l’on peut faire ce que l’on veut dans FIFA 13, un sentiment de liberté grisant qui nous ferait encore plus de bien si la défense tactique n’était pas aussi dure à gérer.
Le PES tacle
Quand je parlais tout à l’heure de se préparer à essuyer des échecs répétés, ce n’est pas seulement dans l’éventualité où vous passeriez en manuel, mais aussi car vous mettrez probablement un certain temps avant de maîtriser à 50% la nouvelle manière de défendre et d’intercepter les ballons. Le souci, c’est qu’étant donné que la vitesse du jeu est assez élevée, il sera plus fréquent de choper un ballon pendant une passe que directement dans les pieds du possesseur (en ligne, c’est encore plus vrai). Et c’est beau à voir, un milieu pas loin du grand écart après avoir fait échouer une passe ennemie. Une défense tactique vraiment pas évidente à assimiler puisqu’en plus, les joueurs donnent l’impression de glisser sur le terrain, de ne pas peser très lourd sur le rectangle vert. On a ainsi peur de se faire subtiliser le ballon faute de ne pas vraiment « sentir » le joueur contrôlé. Tout le contraire de PES 2013 où défendre donne plus rapidement des résultats positifs.
On tutoie le bonheur de plus près dans PES 2013 lorsqu’il s’agit de contenir le possesseur du ballon en attendant le bon moment avant de lui prendre le ballon, mais j’avoue que c’est peut-être tout simplement car j’ai plusieurs années de PES au compteur. FIFA 13, de par son gameplay quelque peu « flottant », demandera probablement un peu plus de temps avant d’être correctement dompté, mais le fait de pouvoir jouer à peu près comme on le dessine dans sa tête y aidera fortement. Alors que dans PES 2013, on sent encore malheureusement qu’on se déplace sur des axes, ce qui n’en fait pas pour autant un jeu largué par FIFA 13. Les points forts et faibles de chacun font qu’on peut les aimer et les élever très haut tous les deux pour des raisons différentes. La liberté de jeu, le rendu visuel global, les animations, le contenu démentiel, les matches en ligne à 11 contre 11 pour FIFA 13. Le fait de « sentir » le jeu de près, le « feeling » propre à la série, les modes de jeu classiques bien rangés mais qu’on se plait à retrouver pour PES 2013. FIFA 13 semble véritablement représenter l’aboutissement de la série, tandis que PES 2013 reste une marche, certes bien lustrée, vers le renouveau espéré de la franchise.
Alors oui, FIFA 13 semble davantage se rapprocher de la simulation footballistique ultime que PES 2013, en grande partie grâce à l’aisance avec laquelle l’on peut construire son jeu et ses actions. Mais il convient de relever une chose : FIFA n’est entré dans l’élite que depuis quelques années, tandis que PES est reconnu comme une valeur sûre du jeu de foot depuis l’ère PSone. Facile de taper sur PES qui, de loin, ressemble à s’y méprendre aux épisodes des années passées auxquels nous avons tous joués. Facile aussi de louer les qualités du nouveau FIFA tellement il nous apparaît tout nouveau, tout beau, alors que des casseroles le précèdent. Il est évident que l’on peut reprocher à Konami de ne pas fournir autant d’efforts que nous le voudrions, mais pad en mains, et malgré une entrée quelque peu ratée dans la génération HD, difficile de ne pas avouer que PES ne fait que s’améliorer saison après saison. Au trot, certes, mais il progresse. Cette faible évolution d’année en année fait dire à certains que Konami n’est plus capable de nous émerveiller une énième fois comme il avait pu le faire avec PES 3 puis PES 5 sur PS2.
L’arrivée, pour l’année prochaine, d’un nouveau moteur graphique dérivé du Fox Engine de Kojima Productions laisse espérer qu’avec PES 2014, les joueurs se rendront compte qu’il en fallait finalement peu pour tutoyer, de nouveau, les cieux. Quant à FIFA, il commence à se trouver dans la même situation que son concurrent sur la génération précédente, à savoir une domination critique et commerciale qui peut l’amener à s’engourdir s’il ne se remet pas en question le moment venu. Une chose est en tout cas sûre : deux équipes d’exception peuvent fouler le même terrain, encore faut-il savoir respecter le challenger et reconnaître ses qualités ainsi que ses chances de surprendre le favori. Le match n’en sera que plus passionnant.