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[Test PS4] 428 Shibuya Scramble : demain est encore bien loin

écrit par le 4/10/2018 et modifié le 6/10/2018 - Jeux vidéo - 0 commentaire

Seul titre auréolé de la note maximale de Famitsu à ne pas s’être exporté en Occident à l’époque de sa sortie en 2008 sur Wii, 428: Shibuya Scramble a retrouvé son passeport à l’occasion de son presque dixième anniversaire. Les joueurs PS4 et PC étrangers à la langue de Kōji Yakusho peuvent donc désormais vérifier si ce visual novel faisant intervenir de véritables acteurs mérite sa place aux côtés d’un Nintendogs ou d’un Final Fantasy XIII-2.

Chez les joueurs au minimum trentenaires et ronchons, la tendance est à la diabolisation des portages, remastérisations et autres éditions-définitives-avant-la-prochaine. Comme si le paysage vidéoludique actuel leur hurlait en effet très fort dans les oreilles que le temps des innovations était passé et que, faute d’avoir trouvé le moyen de se renouveler, il fallait piocher dans les reliques du passé pour donner l’impression d’un milieu « sévèrement burné ». Parfois, ça donne des ressorties de jeux PS3 sur PS4, Secret of Mana 2018, ou dans un autre registre, la ludothèque de la Switch. Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas très réjouissant voire moche. Mais serait-ce une raison pour également cracher à la figure d’un Shin Megami Tensei: Strange Journey Redux, d’un Radiant Historia: Perfect Chronology ou d’un The World Ends With You -Final Remix- ? Des redites certes mais inédites en Europe pour les deux premières et en français pour la troisième, ce qui n’avait pas été le cas de la mouture parue en France sur DS. De la tolérance à la reconnaissance, il n’y a qu’un pas que l’on franchira volontiers pour 428: Shibuya Scramble.

Fin 2008 débarquait sur les Wii japonaises un titre au genre (le visual novel) bien installé sur l’archipel mais pas encore aux États-Unis et en Europe : 428: Shibuya Scramble. Parce que le pouvoir commercial de la Wii avait visiblement ses limites et ne semblait ainsi pas vouloir prêter à ce jeu une flamboyante destinée hors des frontières nippones, même traduit en anglais, il sera longtemps resté une curiosité inaccessible pour beaucoup. Rendons donc hommage à Koch Media pour avoir fait le pari de le sortir chez nous en 2018.

Quartier vibre

Parce que rappelons-le, le gameplay de 428: Shibuya Scramble (que l’on pourrait traduire par 428 : ça se bouscule à Shibuya) consiste principalement à lire et comprendre les textes qui s’affichent quasi-continuellement à l’écran. Et ce n’est qu’une fois après avoir fait comprendre ce principe à l’esprit que ce dernier pourra pleinement apprécier le propos du titre. L’histoire commence, en tout cas pour le joueur/spectateur/lecteur, avec le policier Kano. Un personnage qui, comme d’ailleurs tous ceux du jeu, est interprété par un acteur de chair et d’os. La majeure partie du temps, ce sont des photographies qui illustreront les actions des protagonistes, avec parfois des animations pour donner un peu plus de vie au tout. Kano donc. On apprend que notre fonctionnaire, avec tout un tas de collègues postés autour de lui, attend que se manifeste un kidnappeur sur une place du quartier nippon de Shibuya. La veille, ce sinistre individu a ainsi enlevé une jeune femme prénommée Maria avant de demander à ce qu’une rançon de 50 millions de yens lui soit remise le lendemain à un point bien précis de Shibuya. Et c’est Hitomi, la sœur jumelle de la victime, qui a été désignée pour porter la mallette.

Première décision à prendre. Inutile de stresser.

Au bout d’un petit moment, le premier choix imposé au joueur va se manifester. En voyant un jeune homme s’approcher d’Hitomi, que va-t-on faire faire à Kano ? Lui indiquer de se jeter sur l’inconnu ou bien d’attendre de voir comment la situation évolue ? Surtout que cette personne ne semble pas correspondre à la description du kidnappeur. Décidons de rester inactifs. L’inconnu s’approche, prononce quelques mots à Hitomi puis s’éloigne. Il ne s’agissait donc pas, a priori, du kidnappeur. Puis, c’est au tour d’un autre homme, lui aussi bien éloigné du portrait-robot, de marcher en direction d’Hitomi. Kano et ses collègues interviennent et appréhendent ce nouvel inconnu, mais la mallette est récupérée par une autre personne. Est-ce à dire que l’on aurait fauté à un moment donné ? Pas forcément, et le jeu vous le signifie bien. Car si à ce moment-là, on obtient une « Bad End » (mauvaise fin), cette dernière nous renseigne à chaque fois (en restant plus ou moins évasive) sur la manière dont cette issue pourrait être modifiée d’un autre point de vue. Ici, on nous dirige sur un deuxième personnage à incarner, Achi. Ce dernier se trouve être le deuxième homme à avoir abordé Hitomi dans notre situation. En le faisant se désintéresser de la situation d’Hitomi, une jeune femme immobile portant à bout de bras une lourde mallette, Kano et ses collègues pourront rester concentrés sur le véritable kidnappeur. Si tant est que celui-ci daigne se montrer.

Bien sûr, on pourra tenter de trouver la meilleure route du premier coup, mais même avec les intentions les plus pures qui soient, il arrivera souvent que la bonne issue résulte de choix particuliers faits par d’autres personnages jouables. En tout, ils sont cinq : en plus du policier Kano et de l’éco-protecteur Achi, vous devrez fatalement passer du temps avec le journaliste freelance Minorikawa, le chercheur Osawa et la jeune femme en costume de chat Tama. Le monde est petit, et à tous traîner dans Shibuya, certaines actions d’untel impacteront l’aventure d’un autre, quand bien même les fils directeurs de ces cinq personnages n’apparaissent pas forcément liés.

Visionnaires, ils lui permettent d’illustrer sa critique sans divulgâcher le propos de la scène.

Les vies dont vous faites les héros

Si cela n’était pas encore clair, 428: Shibuya Scramble se déroule par tranches horaires. Le but sera, à chaque fois, de parvenir au bout de cette heure avec chacun des protagonistes principaux. Si le déroulement est le bon, en tout cas celui permettant de progresser, l’histoire se poursuivra jusqu’à un cliffhanger. Comme évoqué plus haut, une mauvaise fin vous demandera de parcourir le « Time Chart » (chronogramme), autrement dit un tableau découpé par tranches de cinq minutes et permettant de jongler entre les personnages et les scènes, à la recherche de l’événement « débloqueur ». Un « Keep out » (hors de portée) voudra dire que l’histoire de tel personnage est interrompue et ne se débloquera qu’en en faisant avancer une autre. Autre méthode pour se sortir d’une situation délicate, la commande « Jump ». Parfois, un mot ou un ensemble de mots apparaîtra en rouge (à la différence des mots surlignés en bleu qui, de deux pressions, explicitent le terme en question, voir en fin de critique pour une mise en garde), et les sélectionner offrira de prendre le contrôle d’un autre personnage à ce moment précis. Une fois que chacun aura atteint l’heure limite, le « chapitre » prendra fin et une nouvelle tranche horaire sera à vivre jusqu’aux dénouements finaux.

De par son genre, 428: Shibuya Scramble serait a priori inattaquable d’un point de vue scénaristique. L’écriture de ce titre a été confiée à Yukinori Kitajima, Takemaru Abiko et Kinoko Nasu. Depuis la sortie du jeu, le premier s’est illustré vidéoludiquement parlant en signant l’histoire du très réussi Chaos Rings. Takemaru Abiko est quant à lui l’auteur du manga Kankin tantei et Kinoko Nasu des visual novels Fate/stay night. En exceptant l’anglais de niveau modéré qui pourra ainsi rebuter un certain nombre de personnes, l’histoire de 428: Shibuya Scramble se suit avec un intérêt certain et ses lourdeurs brillent par leur nombre réduit. Un scénario qui ne verse non plus jamais dans la facilité, notamment en ne donnant pas au joueur la possibilité d’aller trop vite s’il veut par exemple sauver un personnage d’un autre qu’il pense ainsi nuisible. Il n’était pas évident d’entremêler autant de protagonistes sans porter atteinte à la crédibilité de l’ensemble, et force est de constater que l’essai a été transformé haut la main même s’il est vrai que l’on ne s’attarde pas vraiment à vérifier point par point la logique de tels ou tels événements parallèles. Le quatrième mur est aussi fréquemment brisé dans les explications annexes fournies par le jeu. En dire davantage sur ce point pourrait nuire à l’expérience, veuillez bien le croire.

Alors oui, la question de la difficulté peut se poser. Dans un jeu où l’échec permet finalement d’y voir plus clair, trouver les bons embranchements ne relève pas d’une surpuissance intellectuelle. En revanche, partir en quête de l’intégralité des mauvaises fins pourra là prendre la forme d’un défi notable. Tout ça pour dire qu’on ne reste jamais longtemps coincé(e), ce qui n’est pas plus mal pour la fluidité du tout. Comptez environ trois heures pour compléter une tranche horaire, en sachant que les évènements de 428: Shibuya Scramble n’ont pas vocation à s’étendre au-delà de la journée en cours. Et étant donné que l’on remuera plus d’une fois le chronogramme pour simplement aller plus loin, la rejouabilité se veut du coup presque nulle.

Il est très facile d’être immergé dans l’univers du jeu grâce à des aspects visuels et sonores hautement travaillés. Bien que totalement dénué de voix (hormis pour certains effets sonores, lesquels sont au passage tous bluffants de réalisme), 428: Shibuya Scramble en impose de par des thèmes musicaux (de Naoki Sato et Hideki Sakamoto) sachant habilement dépeindre une situation de stress, d’interrogation, de soulagement ou encore d’enthousiasme. Certains morceaux pourront même rappeler la partition de Junya Nakano sur Another Mind, un autre visual novel paru en 1998 sur les PlayStation japonaises. Au sans-faute de la bande sonore vient s’ajouter un casting éclatant, avec des acteurs auxquels on s’attache ainsi de plus en plus même si leur jeu s’apprécie essentiellement au travers d’un roman-photo. Les environnements affichés ont d’ailleurs eux aussi gagné à passer en haute définition, même si cela était déjà le cas du portage PS3 réservé au Japon.

Attention : vous renseigner sur le terme surligné en bleu ici vous empêchera de poursuivre le jeu autrement qu’en le redémarrant.

Si vous êtes arrivé(e) jusqu’ici sans avoir esquivé un paragraphe ou vous être réveillé(e) en sursaut, bravo, vous êtes probablement de celles et ceux qui se lanceront sans mal dans 428: Shibuya Scramble, une plongée hautement fantasmée dans les tumultes d’un quartier fort charmant. Passé l’obstacle de la langue qui se veut en même temps une chance pour les non japonophones, ce visual novel pas aussi silencieux qu’on pourrait le croire saura se montrer riche en révélations à qui se laissera emporter par son écriture, brillante au moins pour le format, ses thèmes musicaux accrocheurs et envoûtants et la mise en scène impliquée de sa galerie de portraits. Il sera toutefois difficile de vous demander d’injecter 50 euros dans cette expérience pour inciter d’autres initiatives du genre si le mécénat est moins votre affaire que le rapport quantité/prix d’un bien. Vous ai-je parlé de cette scène où un gros chat tout mignon est directement impliqué dans un combat de rue ?

428: Shibuya Scramble
Visual novel
Développé par Chunsoft (portage d’Abstraction Games), édité par Koch Media.
Disponible depuis le 21 septembre 2018 en France sur PS4 et PC.
49,99€ en magasin (version boîte française PS4 uniquement disponible chez Micromania) et en téléchargement sur Steam et le PlayStation Store (4,42 Go).
Textes en anglais.
PEGI 16.
(Testé sur une version PS4 fournie par l’éditeur.)

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