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Chronique psy n°8 : la nostalgie

Écrit par le 28/12/2015 et modifié le 22/12/2015 - Psycho - 0 commentaire

Qu’est ce que la nostalgie ? Au sens étymologique : nostalgie est composé de “algie”, la douleur, la souffrance, et de “nostos”, le passé, le retour ; donc la nostalgie est la souffrance liée au passé.

 
Old photography memories
 

C’est le regret du passé

 
On peut être nostalgique, à l’âge adulte, de son enfance. On peut être nostalgique d’un lieu de vacances apprécié. D’une maison de famille dans laquelle on a vécu de beaux moments. Nostalgique de la fraîcheur, de l’innocence supposée de l’enfance. (« Le vert paradis des amours enfantines. », Moesta et errabunda, Charles Baudelaire.)

On peut être nostalgique d’une relation, regretter les plaisirs vécus ensemble. Ou nostalgique d’une période heureuse de la relation, période passée, révolue, dont on estime qu’elle est perdue à jamais (les bons moments du début de notre amour…)

On peut être nostalgique de la région ou du pays d’où on vient. C’est l’origine première de la nostalgie : douleur d’avoir quitté le pays natal  (le « heimat »).  Douleur d’avoir laissé des amis, une famille, un lieu de reconnaissance. Douleur d’être parti sans retour. Douleur d’avoir abandonné sa terre natale, ses origines, son terroir. On a besoin alors de se ressourcer, d’y retourner de temps en temps, ou de faire des activités qui nous en rapprochent, qui entretiennent le lien avec ses racines.

On peut être nostalgique de ce qu’on n’a pas vécu ! oui, on peut être nostalgique d’une période non connue, par exemple nostalgie pour les sixties ou les seventies (« radio-nostalgie ») et aimer collectionner les objets incarnant à nos yeux les fastes de ces années. Ou nostalgique de périodes décrites dans la littérature.
 

C’est le regret pour un passé magnifié

 
Les périodes ou lieux dont on est nostalgique sont toujours magnifiés, embellis. En effet, que ce soit le passé vécu, ou les époques anciennes qu’on n’a pas connues, l’élan de nostalgie ne fait apparaître à notre mémoire que l’aspect positif, les bons aspects réels, ou supposés. La nostalgie n’est pas un rapport au réel, même passé, elle est un rapport au souvenir amélioré du réel, un souvenir arrangé à notre façon, qui nous le fait apparaître si agréable (!)… La réalité étant toujours plus mitigée.

Certaines personnes sont très enclines à la nostalgie, qui permet de rêver, de s’éloigner du présent, de se ressourcer dans le passé. La nostalgie est cependant toujours empreinte d’une certaine mélancolie, forte ou légère, elle s’accompagne de bouffées de regrets, de peine. La nostalgie est teintée de tristesse.

Il n’y a pas d’âge pour être nostalgique. On peut être très jeune, et déjà sujet à la nostalgie.

Peut-être est-ce difficile de se dire que le temps qui passe ne revient pas, que ce qui est fini l’est définitivement ? La nostalgie permet de raviver, de ressusciter, sous forme de souvenirs, de pensées, d’émotions, un passé qu’on a du mal à lâcher, à quitter. Qu’on voudrait éternel. Il revit dans notre souvenir, et une peine en même temps nous envahit. Le souvenir du passé s’accompagne de la conscience du présent, et de la certitude que le passé n’est plus.

Exemple : Paul est assez coutumier d’un sentiment de nostalgie. Il aime penser à son enfance. Il regarde les films de famille enregistrés lorsqu’il était enfant et cela le rend tout triste. Il pense avec nostalgie à la grande maison familiale où il passait ses vacances, et où toute la famille se retrouvait l’été. Il ne veut pas aller visiter aujourd’hui cette maison, avec ses nouveaux occupants, par peur de ressentir trop de tristesse. Il lui arrive de rêver de longs moments au bonheur passé. Parfois, un détail, une image, font remonter un souvenir d’une époque heureuse, et un pincement au cœur alors lui rappelle que cette époque n’est plus. Paul se dit qu’il faut renverser cette tendance, car il a peur que cela le rende trop mélancolique.
 

*

 

A vous maintenant

 
Pour explorer votre rapport à la nostalgie, vous pouvez prendre votre carnet de travail sur vous (celui déjà utilisé pour les autres chroniques psy de So What ? bien sûr !).

Commencez par faire des listes sur chacun de ces sujets :

  • Quelles sont les périodes de ma vie auxquelles je pense avec tristesse et regret ?
  • Quelle période de l’Histoire, récente ou lointaine, que je n’ai pas vécue moi-même, me touche le plus et me donne presque un sentiment de nostalgie ?
  • Quels sont les musiques, chansons, films, émissions de télé, qui éveillent en moi un fort sentiment de nostalgie ?
  • Quels sont les mots qui caractérisent pour moi le passé ?
  • Pour quels sujets je me dis : “c’était mieux avant” ?

Comparez vos listes avec celles d’amis du même âge, et celles de vos parents, et personnes d’une autre génération : que remarquez-vous?

Si vous le souhaitez, vous pouvez aller un peu plus loin dans l’introspection, et vous demander :

  • Est-ce que mes sentiments de nostalgie, en général, me conduisent à trouver plus de charme au passé qu’au présent ? Suis-je tourné(e) vers le passé ?
  • Est-ce que certains souvenirs du passé remontent parfois du fond de ma mémoire et me rendent triste parce qu’ils sont perdus à jamais ?

Trop de zones de nostalgie indique sans doute que vous n’avez pas terminé le deuil de certaines périodes passées. Cela risque d’amener à ne pas investir complètement le présent.

Pour ne pas se laisser envahir par la nostalgie, mais tout de même se ressourcer grâce au passé, peut-être serait-il bon de faire, de temps en temps, un vrai retour au passé, une grosse séquence-nostalgie, une bonne régression qui fait tellement de bien !

Et ensuite, revenir au présent, reprendre sa route, avancer, creuser son sillon, améliorer son être, réfléchir à ce qu’on veut faire de sa vie ? Et aussi, pourquoi pas, modifier certains de nos fonctionnements qui nous freinent un peu… Sans regret pour un passé révolu, mais qu’on garde en mémoire, qui nous réchauffe et constitue notre richesse intérieure ?
 

Il a foutu le camp, le temps du lilas,
Le temps de la rose offerte,
Le temps des serments d’amour,
Le temps des toujours, toujours.
Il m’a plantée là, sans me laisser d’adresse.
Il est parti, adieu Berthe.
Si tu le vois, ramène-le moi,
Le joli temps du lilas.

Barbara

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