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Défikite surf au féminin 2014 (suite)

Écrit par le 15/09/2014 et modifié le 23/09/2019 - Forme et sport, Portraits - 0 commentaire

Voici des nouvelles de Sophie Bernier, vous savez la kitesurfeuse dont nous avions fait un portrait le 4 mai dernier. Je l’ai donc interviewée à froid après son défi relevé le 12 juillet 2014: parcourir, en Kitesurf, les 170kms qui séparent l’île Maurice de la Réunion et ce, après une longue attente pour trouver la bonne fenêtre météo (un peu plus d’un mois tout de même)!

Félicitation de la part de toute l’équipe So What? pour la réalisation de votre «défi-fou» !

 
Emotions

Kite surf Sophie Bernier_© Gil. VICTOIRE_Too Trail_2014-07-12_19-25-48

So What?: Pourriez-vous nous décrire les différentes sensations que vous avez ressenties durant l’épreuve ?
Sophie Bernier: Oh la la… beaucoup d’excitation les premières minutes! J’étais là où m’avait mené mon année de préparation! J’étais heureuse d’en découdre!

Puis ensuite les sensations durant cette traversée: de la douleur beaucoup! Mais aussi de la ténacité, l’envie d’aller jusqu’au bout quelque soit les conditions difficiles que j’avais ce jour là.
So What?: Même question au moment de l’arrivée ?
Sophie Bernier: De la fatigue!!! beaucoup beaucoup beaucoup et de la douleur! Mais la satisfaction d’avoir réalisé un exploit au vu des conditions météos dantesques.

So What?: A part toute l’équipe qui vous entoure, est-ce que des gens vous ont suivie en bateau (ou d’autres moyens de transport) afin de vous encourager?
Sophie Bernier: Non, des bateaux devaient venir à ma rencontre à l’arrivée mais la mer était trop mauvaise, ils sont restés près de la côte et comme je suis arrivée après le coucher du soleil, ça rendait leur sortie encore plus dangereuse dans cette mer.

So What?: Vous sentez-vous transformée avec ce défi réussi ? (ce que ça vous a apporté, estime de soi….)
Sophie Bernier: Toute cette aventure m’a fait grandir. J’ai appris énormément de choses. Si je devais recommencer, il y a beaucoup de chose que je ne referai pas pareil. Humainement, j’ai avancé. J’ai eu des déceptions dans certains rencontres mais elles m’ont ouvert les yeux. Et puis il y a eu de très jolies rencontres qui ont débouché sur des liens qui resteront forts.
Ce défi m’a permis de reprendre confiance en moi mais aussi de découvrir que j’avais cette force en moi qui ne te fait pas abandonner même quand tu es à bout, même quand tu n’as plus aucune ressource mais qu’il faut continuer quand même. Je sais que je fais partie de ceux qui n’abandonnent pas: les ténaces! Les courageux! Je ne pensais pas être capable de ça.

Petites histoires avant et pendant le défi

photo Locatrack

So What?: Avez-vous des anecdotes qui vous seraient arrivées durant la fin de votre préparation?
Sophie Bernier: 2 jours avant de faire ma traversée, alors que mon équipe et moi-même, on s’apprête à passer les douanes, on apprend que le bateau-assistance est en panne (ça arrive malheureusement) On se dit qu’on va essayer de trouver un autre bateau. On remue ciel et terre ( et mer!) Une solidarité énorme s’installe, les radios locales en parlent, les réseaux sociaux aussi. J’ai eu pleins de propositions de propriétaires de petits zodiacs (qui n’auraient pas pu tenir dans ces conditions de mer) mais c’était touchant cette solidarité de la part de ses marins qui ne me connaissaient pas mais qui avaient juste envie de donner un coup de main. C’est rare de nos jours !

So What?: Même question durant la course (des dauphins avec qui vous avez fait la course ou qui vous ont encouragée…) ?
Sophie Bernier: J’ai pas vu beaucoup de trucs sur l’eau à part un banc de poissons volants et un oiseau. L’oiseau, ça devait être au milieu de la traversée. Je ne voyais plus l’île Maurice et pas encore la Réunion. Ma radio ne marchait plus depuis 2h environ. Quand j’aperçois ce piaf au milieu de nul part, je lui ai crié: « hé toi, le piaf, tu viens d’où? T’es Mauricien ou t’es Réunionnais??? »

So What?: Même question pour après (notamment avec les gens que vous rencontrez et qui savent ce que vous avez fait)
Sophie Bernier: Beaucoup d’hommes marins, kiteur, hommes de la mer ont salué mon courage et ma ténacité. La mer était dangereuse ce jour là (de l’autre côté de l’ïle, il y a eu un naufrage avec 2 pêcheurs qui sont mort noyés) Beaucoup m’ont écrit qu’ils n’auraient pas tenu et que j’avais une sacré paire de c… Ça m’a fait sourire et ça m’a rendu fière.

So What?: Qu’est-ce qui a été le plus dur entre l’attente de pouvoir partir et l’épreuve elle-même (ou autre chose) ?
Sophie Bernier: Pendant ma préparation, c’était tellement dur et tellement de sacrifice que je pensais que la traversée allait être les doigts dans le nez! Grosse erreur: cette traversée a été à l’image de la préparation et l’attente.

Futur

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So What?: Avez-vous déjà en tête d’autres projets que vous aimeriez accomplir ? Sportifs ou non, comme l’écologie, etc. ?
Sophie Bernier: Si vous m’aviez posé cette question le soir même, je vous aurais dit: NON! Plus jamais je me refais mal au corps, au cœur et à l’âme comme aujourd’hui.
Un mois après… j’ai déjà une nouvelle envie, un nouveau défi en tête… mais je le garde secret!
Après, personnellement, j’aspire à retrouver une sérénité (lire entre les lignes: un doudou avec qui partager toutes mes passions, partir à l’aventure, fabriquer des p’tits aventuriers! 😉 )

So What?: Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui se lanceraient un défi de même niveau ?
Sophie Bernier: S’entourer d’une bonne équipe. Ne rendre personne indispensable! Se donner les moyens en temps de bien préparer son défi et d’y mettre du cœur et de l’humain!

So What?: Avez-vous d’autres choses à ajouter ?
Sophie Bernier: Merci à tous ceux qui m’ont suivi et encourager! Merci à toute mon équipe sans qui je n’aurais pas pu réaliser ce défi!
J’aurais une reconnaissance éternelle pour mes partenaires qui m’ont soutenu et qui ont eu envie de s’associer à ce défi ! Sans eux, je n’aurais rien pu faire et ça n’aurait pas été aussi beau!

So What?: Si vous le permettez bien sûr, nous allons publier votre récit à chaud d’après défi.
Sophie Bernier: Aucun problème, c’est mon cœur qui a parlé, j’avais un grand besoin de partager cette aventure.

Suite dans l’onglet récit à chaud!

So What?: Je vous remercie
Sophie Bernier: Merci à vous pour les articles!

Crédit Photos: Didier Ma, Gilles Victoire, Locatrack, Sebastien Coupy

 
Kite surf Sophie Bernier_© Gil. VICTOIRE_Too Trail_2014-07-12_19-18-20

Comment vous dire… comment vous racontez… comment vous expliquez…

Il y a un peu plus d’un an, il me prenait l’envie d’être la première femme à faire cette traversée… (purée…mais qu’est-ce qui m’a pris ce jour-là!)
J’avais envie de me dépasser, de reprendre confiance en moi, d’avoir un objectif, de m’entrainer pour et de sortir de ma zone de confort…

Alors pendant un an, je suis sortie de ma zone de confort! Entrainement physique, mental, kiter, beaucoup… j’ai vécu un an au gré du vent, à me dire ” y’a du vent? Ca souffle? Ca rentre à la Saline? Y’a de l’air là, regarde les palmiers, Windguru ça dit quoi?… bref, je vivais kite, je mangeais kite, je dormais kite, je pensais kite… bref: kite kite kite!!!
Je suis partie m’entrainer toute seule à Maurice, je dormais chez PikPik, je leur louais un vélo pour aller au spot de kite ( car mon budget ne me permettait pas plus), je louais du matériel chez Yoaneye et je naviguais,naviguais, naviguais. C’était la première fois que je kitais seule. J’avais toujours été accompagné avant, j’avais toujours eu besoin que l’on tchek mon matériel, qu’on garde un oeil sur moi pendant mes sessions. Jamais je n’aurais pensé être capable d’être moteur de tout.

Il a fallu une équipe, car même si j’étais toute seule sur mon kite ce samedi 12 juillet, il y a eu une team derrière tout ça. La préparation n’a pas été facile.. voire parfois très difficile, à tel point que je me disais que cette traversée allait être les doigts dans le nez à côté de toute la préparation… Quelle prétentieuse… elle a été à l’image de tout ce défi. Difficile du début à la fin!

Alors j’ai demandé à Steph, le premier à m’avoir suivi, de me préparer physiquement et à Thierry de bosser avec moi mon mental. Tout deux avait pour consigne que je devienne une machine!
Puis, il m’a fallut un conseiller technique alors quoi de mieux que Sébastien Coupy, le premier homme à avoir réalisé la traversée. C’était parti, le projet prenait forme pendant que moi je prenais du muscle! Des squats, des pompes, des escaliers, du TRX…et du gainage! Mon meilleur ami durant un an. Sur mon scooter pour aller au travail je faisais du gainage ( “allez hop tu tiens jusqu’au pont de la rivière des Galets”, “route du littoral, hop hop hop tu contractes les fesses, les ados! je peux vous dire qu’elle est longue la route du littoral!”; partout je faisais du gainage: ” les deux minutes de brossage de dents, tiens si tu faisais la chaise en même temps”, ” la vaisselle, et bah j’vais la faire sur la pointe des pieds, en fléchissant un peu les jambes!)

24 décembre: j’annonce officiellement mon défi et la page facebook prend vie! Vous êtes nombreux à me suivre, je suis surprise de cet engouement et ça m’encourage encore plus. Hurley et Spy avec Fabrice deviennent mes premiers partenaires, ils me font confiance, ça fait chaud au coeur. Puis Jean-Luc, que je croise un après-midi au kite, me propose tout naturellement son aide. Ca commence à prendre forme grâce à eux.
A côté de ça, je continue ma vie normale tout en consacrant tout mon temps libre à défi kite au féminin. C’est dur, je ne sais plus où donner de la tête car un tel projet, vous l’imaginez bien, demande un financement. Je sais pas faire, il faut se vendre, je n’aime pas cette partie là, bref… il me faudrait des pouvoirs magiques!
Le destin met sur ma route la fée de mon défi en la personne de Julie Casterman. Cette femme-là té! Une magicienne! Elle est plutôt dans la culture me dit-elle mais mon projet la touche, elle aime les projets de coeur.
Alors deux machines qui se rencontrent, ça bosse! Dossiers de sponsors, recherche de partenaire… Ma tirelire en forme de cochon ne contient pas assez pour un tel défi. J’ai besoin d’aide. On l’a sollicite et elle arrive doucement, ti-pa ti-pa comme on dit ici! Ce n’est pas forcément facile mais j’y crois. Il y a de jolies valeurs dans ce défi, je me dis que ça ne peut que toucher les gens.
Dominic, qui était le bateau de Bloody Marchal ( le deuxième homme a avoir fait la traversée et avoir le record en 6h40) est partant pour faire mon assistance. Parfait, il connait déjà le parcours, un gros point est réglé.

Une rencontre avec Anne, institutrice, apporte une dimension pédagogique au projet, c’est formidable. Ses élèves de CP deviennent mes vaillants supporters!

Les premiers training arrivent assez tard dans la saison… je suis toujours en mode ” y’a du vent? Ca souffle?… Pas facile d’allier les entrainements avec le boulot. Je bouillonne à chaque session que je loupe quand je suis au travail. A croire qu’Eole me joue des tours. Direction Maurice, le paradis du kite. Les heures de nav s’enchainent et un partenaire plus que précieux entre dans l’aventure, le Lux le Morne. Il nous accueille avec toute leur gentillesse et leur générosité. Je ne suis pas habituée à ça. Ca fait du bien.

Les mois passent, Juin arrivent à grand pas. J’ai hâte. On finalise les partenariats ( COMUS, La Région Réunion, l’IRT, Air Mauritius, Groupe de Santé Clinique Futur, Tentes oï, Kite for fun, North et ION via Tou korek, Tingerlaat rejoignent Spy, Hurley et clinique esthétique de l’océan indien) Une belle équipe est là et je suis touchée qu’ils misent sur moi.

Viens ensuite le moment où ce projet, que je vis depuis des mois, qui rythme ma vie, prend une dimension symbolique le jour où je décide de l’associer à Run Odyssea. Je sens que j’ai besoin de le lier à une cause. Le cancer du sein en est une qui me tient particulièrement à coeur. Ce défi, mon défi sera pour elles…

La phase d’attente s’ouvre et là, commence pour moi une phase difficile. Je ne peux pas me projeter, je dois rester au top, garder ma motivation, ne pas me blesser. Arrive même la période où j’en ai marre d’aller kiter. Un an c’est long, je veux faire ce pour quoi je m’entraine depuis si longtemps.

Une première fenêtre s’ouvre puis se referme assez vite avec une annonce de forte houle. Ce faux départ met en jambes la team et montre à quel point ce n’est plus que mon défi mais celui de toute une équipe.
Mercredi 9 juillet, on s’envole pour Maurice, un créneau météo nous semble bon, on y va: hiiiiihaaaaaa! 2 jours et demi sur place, c’est un peu long mais on a trouvé que ça comme billets d’avions, tous les vols sont pleins pour cause de vacances. La suite des évènements nous montrera qu’ils nous ont été précieux ces deux jours et demi sur place car au moment de passer les douanes, alors qu’on est tous en mode “machine”, on apprend que le bateau a un soucis mécanique. C’était quelque chose qui pouvait arriver, mais on se dit toujours que ça va pas nous arriver, pas à nous, pas à moi, pas maintenant bon sang!

Alors là, ma fée, Julie, qui est monté en grade ensuite et est devenue ma magicienne me regarde dans les yeux et me dit: “On a deux jours et demi pour trouver un bateau, on est large!” Je ne vous dis pas ce qui se passait dans ma tête, dans mon coeur, dans mon ventre. Ces deux jours où j’étais censée me préparer mentalement, visualiser cette traversée… être zen…. aahhhh comment on fait pour être zen dans ces moments là?
Alors un défi dans le défi, Julie m’a tout simplement trouvé un bateau! L’équipe n’a rien lâché, on y a cru jusqu’au bout. C’était soi-disant impossible: on est vendredi matin, il est 9h, la nouvelle tombe, le Patrol One, un bateau digne d’un James Bond sera mon ange gardien. Je m’effondre d’émotion, de stress, de fatigue nerveuse. Je dois me remettre en mode ” demain je traverse”.

Samedi 12 juillet, c’est ma journée. Je vais enfin le traverser cet océan. Je sens beaucoup de soutien. L’histoire du bateau a créé une solidarité énorme autour de défi kite au féminin. Je suis touchée.

Il est 8h30 quand je suis au Morne, prête… le vent est là, j’attends. Je trouve le vent très fort mais j’écoute les conseils, il devrait diminuer au large. Le départ prend du retard pour différentes raisons… je regarde l’heure, je bouillonne. Il était prévu que je parte plus tôt. 9h50 je passe la ligne de départ. Je suis loin de penser que ces nombreuses minutes de retard me manqueront par la suite…
“Le vent est fort mais devrait diminuer au large”…. à la bonne heure! Il n’a jamais diminué en fait. Je suis surtoilée, à bloc tout le temps… Très vite, j’ai en tête de changer de voile mais la manip se fait sentir difficile au vue des conditions de la mer. A ce moment-là, la décision est importante car si on fait le changement de voile, il est possible qu’on y arrive pas et que je doive abandonner faute de matériel. Il n’en est pas question, je dois faire avec les éléments, j’ai pas le choix.
Ai-je été trop prétentieuse pour qu’Eole et Poséïdon me fassent cette mauvaise blague… Je ne sais pas trop, je suis surprise, ce n’est pas ce que j’attendais comme conditions. “Tu verras, tu vas rider et tu vas profiter, ce bord il sera rien qu’à toi, du pur bonheur, tu vas prendre ton pied…” J’avoue sans honte que j’ai pris beaucoup de pelles et très rarement mon pied!
C’est dur… très dur… horriblement dur… je sens rapidement que si ces conditions dantesques ne changent pas, ça va être compliqué. A ce moment là, il n’était plus question de record de temps, mon but, arriver au bout, n’importe où sur la côte.

Pour continuer dans la simplicité, je perds mon masque lors d’une chute et la liaison radio se coupe. C’est dans ces moments-là que tu te sens vraiment seule. ( Je ne m’autoriserais plus à me plaindre et dire ” je me sens seule, je voudrais un chéri” 😉
Alors on fait quoi dans ces moments-là… et bien on se parle. On se dédouble et on se créé un coach virtuel.
Je me suis parlée, je me suis donnée des ordres, des conseils, j’ai repensé à mes séances de prépa mentale, j’ai parlé à ma planche, j’ai pesté sur Eole…de nombreuses fois… je me suis ordonnée d’avoir des yeux de poissons pour ne plus être gêné par les paquets de mer qui m’arrivait dessus…et j’ai même parlé à un oiseau! Je lui ai crié ” Hé toi, le piaf! T’es Réunionnais ou Mauricien? Tu viens d’où comme ça??? T’es bien loin de chez toi!!!
J’ai cru entendre un ” toi aussi la fille, t’es loin de chez toi” mais je n’en suis pas sûre 😉

Ai-je voulu arrêter… ai-je voulu abandonner… non! Il en était tout bonnement hors de questions!
Parce que Run Odyssea…
Parce qu’on m’attendait à St Rose…
Parce que Julie m’avait trouvé un bateau…
Parce que vous me suiviez tous de près ou de loin…
Parce que mes petits CP étaient derrière moi…
et parce que je ne VOULAIS pas arrêter.

J’ai puisé au fond de moi, cette force qui, je le sais aujourd’hui, ne s’autorise à sortir que lorsqu’on ne peut plus faire autrement, que tu as mal, très mal, partout, pas que dans le corps, dans le coeur aussi, dans l’âme…

Quand j’ai aperçu la Réunion, le Piton des neiges, j’ai crié de joie! Avec tout mon coeur! Mais purée… on la voit de loin en fait la Réunion…
Je voyais le soleil descendre et c’est là que j’ai compris l’enjeux. C’est certainement la seule fois de ma vie que je n’ai pas aimé un coucher de soleil…je l’ai détesté même…

“Sophie, il te reste 5 km mais la nuit tombe, mets ta voile au zénith, on va te récupérer..”
J’avoue, j’ai fait comme si je n’avais pas entendu. Après tout, la radio avait marché puis s’était arrêtée pour refonctionner ensuite… c’était plausible qu’elle retombe en panne…je pouvais grappiller encore quelques kilomètres… C’est ce que j’ai fait.
Au moment où j’ai larguée mon aile… la lune se levait derrière moi…elle aussi je l’ai maudite, reine de la nuit…

Mon ange gardien le Patrol One me récupère… et puis là, tout s’enchaine. L’équipage me félicite, je leur ai fait vivre une journée extraordinaire me dit un des skippers, merci de nous avoir fait vibrer… J’entends sur les bateaux à coté des applaudissements, des cris… l’émotion arrive… je me sens perdue… l’ai-je fait? Ai-je traversé? La SNSM nous accoste, merci à eux pour leur professionnalisme. Ils récupèrent nos affaires et puis moi. Je manque de m’effondrer quand j’entends une sauveteuse dire: ” attention, maintenant on récupère le plus précieux, Sophie”
Ah bon, moi, je suis précieuse? … les larmes qui coulaient déjà connaissent le chemin.

Arrivée au Port… que dire… si ce n’est merci à tous… cet accueil est digne de… je ne sais pas… mais pas de moi… Je pleure, je tombe dans des bras, je pleure, je tombe dans des bras, je pleure… ( oui, je suis une vraie fille désolée!)
Beaucoup beaucoup de gens se sont déplacés et m’ont attendu. On me souffle que les gens ont vibré, que ça a été extraordinaire… à ce moment là, ce terme ne colle pas trop à mon ressenti.

L’association des pêcheurs de Sainte Rose, accompagné par le club Inner Wheel Espérance 920, m’offre un accueil hors du commun. Là encore je suis touchée car j’ai l’impression que tout le monde me connait, alors que je viens de passer 8h30 en mer toute seule sur ma planche. C’est bizarre et en même temps, je commence à entrevoir les jolies choses que toute cette aventure m’a apporté.

Peu importe le point d’arrivée, c’est le chemin parcouru qui compte.
L’année dernière, au même moment que le défi mais sans lien direct, je me fais tatouer au poignet une petite phrase qui avait pour but de me porter: “Va, vis et deviens” Je pense que je suis pas loin de ce que je cherchais: être fière de moi même.

Samedi soir, un grand homme de l’ombre m’a aussi dit: Il faut toujours viser la lune car même en cas d’échec, on finit dans les étoiles!

Je finis d’écrire ces mots que j’avais besoin de sortir… il est 3h04 dimanche soir ou lundi matin comme vous voulez. Je n’ai pas sommeil! J’ai dormi que 7h après ma grosse journée sportive de samedi… c’est bizarre pour la marmotte que je suis… j’espère que ce défi ne m’a pas fait perdre le sommeil, parce que j’aime trop rêver.

Je finirais en vous disant merci à tous, équipe, partenaires, supporters, famille, amis, collègues de travail, lecteurs qui m’ont fait l’honneur de me suivre et de m’encourager sans me connaitre.
Il faut mettre de la passion dans tout ce que l’on fait, ça rajoute de la vie à l’amour et de l’amour à la vie! ( celle-là elle est de moi 😉 )

So.

Crédit photos: Gilles Victoire, Thierry Bonnard

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