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Je ne veux pas être au régime !

Écrit par et le 19/08/2011 et modifié le 17/07/2019 - Psycho, Thème du mois - 0 commentaire

Chaque année, lorsque le printemps et l’été arrivent, (presque) partout dans la presse, la publicité, on nous prescrit – quelqu’en soient le nom ou la forme – des régimes amincissants. Comme si, après les mois de frimas que l’on venait de traverser, comme si, à l’arrivée des beaux jours, comme si, dès que l’été pointait le bout de son nez, notre seul envie, notre seul but étaient… de maigrir. La belle saison arrive, arrêtez tout : maigrissez ! Non ! Nous, on dit stoooooooooooop au dictat du régime, au règne de la maigreur, à la suprématie des compteurs de calories.

 
gourmandise femme

© Paul Salu – Fotolia.com

Stop au dictat du régime amincissant

Laissez nos fesses tranquilles !

Juste pour mémoire : l’anorexie n’est pas une mode, c’est une maladie. Si le rhume était tout d’un coup – on ne sait jamais apparemment – tendance, se baladerait-on à poils dans la rue en plein hiver pour être sûres de ne pas y échapper ? Non. Probablement pas. Enfin, je crois… Et cette mode finirait par tomber d’elle-même en désuétude. Précision linguistique (et médicale) : “anorexie” est un terme médical signifiant perte d’appétit (étymologie grecque). L’anorexie mentale est un trouble des comportements ou conduites alimentaires (TCA) qui consiste dans la privation volontaire d’alimentation. Les causes sont à chercher dans l’histoire, l’enfance particulièrement, l’environnement de la personne. Les facteurs socioculturels ont un impact limité dans la survenance du trouble.

Tenez, pour la peine, je vous donne la recette d’un gâteau tout doux à se mettre sous la dent en regardant ses copines souffrir le ventre creux, baver d’envie devant des branches de céleri crues, et tourner de l’œil à la vue d‘une tablette de chocolat.

Recette du gâteau Grand-Mère : il vous faut 2 verres de farine, 1 verre ½ de sucre (c’est comme ça que ma Grand-Mère a indiqué les quantités, ça marche avec tous les verres, plus ils sont grands et plus il y a de gâteau ! Il faut juste penser à ajouter du temps de cuisson !), 3 œufs, 25 cl de crème fraîche liquide, 1 sachet de poudre à lever, 1 pincée de vanille en poudre, 1 pincée de sel. Préparation : on mélange la farine, le sucre, le sel, le sucre vanillé et la levure. On creuse un puits au centre et on ajoute les œufs. On mélange. On ajoute la crème fraîche. On mélange jusqu’à ce que la pâte devienne homogène. On met de la margarine ou du beurre dans un plat à gâteau, de la farine, puis on verse la pâte. On met au four th. 6-7, pendant 30 minutes. On vérifie la cuisson avec la pointe d’un couteau, le gâteau est cuit lorsque la pointe du couteau est sèche. On peut remplacer la crème fraîche par des yaourts nature, des petits-suisses, du fromage blanc. On peut aussi ajouter dans le gâteau des noix…

L’avis de la psychanalyste sur l’anorexie

L’anorexie est une maladie psychique

L’anorexie est une maladie psychique, qui a pour origine un trouble névrotique, transformé en symptôme physique. On dit que l’anorexique est l’hystérique des temps modernes, dont elle se rapproche notamment par une tendance à la théâtralisation (mise en scène de son mal-être) et une somatisation extrême du conflit névrotique. Elle est souvent liée à la boulimie – on parle couramment d’anorexie-boulimie. En effet, ce trouble est, la plupart du temps, caractérisé par des périodes d’abstinence alimentaire, suivies de périodes compensatoires de remplissage excessif accompagné de vomissements provoqués. Un des buts principaux étant, comme on le sait : ne pas dépasser un certain poids, seul jugé acceptable.

Manger est un acte social et relationnel : la bouche est un carrefour d’échanges entre le moi et le monde extérieur. Par la bouche on vit l’absorption ou le rejet, le plaisir ou la souffrance, le désir ou la peur.

Lorsque les peurs s’accumulent, manger peut devenir un tourment innommable : toute nourriture est comptée, manipulée, triée, on enlève le gras, on pèse chaque gramme et le convertit en calories, on projette une multitude de croyances, largement relayées par une presse complaisante : tel aliment n’est pas bon, tel autre est bon. On a ainsi créé un système d’aliments autorisés et d’aliments interdits : une structure alimentaire faite de règles et de tabous. Les peurs sont nombreuses : manger du gras, prendre un kilo de plus, manger ce qui « fait grossir », etc.

L’anorexique typique est une adolescente de 14 ou 15 ans, qui commence à se faire maigrir en restreignant la quantité de nourriture qu’elle absorbe, pour aboutir à un poids qu’elle juge correct. Cela peut en rester là : elle quitte son corps d’enfant, ses rondeurs nouvelles la gênent, elle a peur du regard des hommes sur son corps en changement, elle veut rester encore un peu petite fille. Elle s’intéresse aux recettes de cuisine, fait la cuisine pour la famille, mange un peu, se pèse, connaît par cœur les tableaux convertissant les aliments en calories. Elle est bonne élève, studieuse, la « bonne petite fille à ses parents » et personne ne s’en plaint. Cela peut en rester là. Elle ne va pas pousser plus loin, et s’en sortira à l’entrée de la vie adulte, ou lorsqu’elle se sentira autonome, rassurée dans sa vie.

L’anorexie peut conduire à la mort

Mais cela peut être beaucoup plus grave, et l’obsession de la perte de poids devenir telle, que la seule façon d’aider alors l’anorexique sera de l’hospitaliser : ses capacités vitales peuvent être en danger. L’anorexie devient alors un comportement suicidaire, accompagné d’un déni total de la maladie : l’anorexique a un discours figé, elle est imperméable, c’est une lutte pour qu’elle prenne conscience de son état et accepte de se faire aider.

En effet, ne plus manger, sur un temps long, entraîne des conséquences irréversibles. L’anorexique se met donc réellement en danger de mort.

Sa peur est telle qu’elle préfère ce danger plutôt que d’aller vers la vie : elle se ferme, n’assimile plus rien de l’extérieur, ni nourriture, ni conseils, elle tourne en circuit fermé, elle est totalement introvertie, tournée vers elle-même et son obsession, tout en donnant parfois l’apparence d’être altruiste. Mais ce n’est qu’une apparence, au fond, l’anorexique est très repliée, très sauvage.

L’autre obsession de l’anorexique est sa silhouette, son corps, sa maigreur : on dirait qu’elle mythifie la transparence : plus elle est fine, plus elle est squelettique, plus elle se plait. Elle s’uniformise, elle disparaît, devient réellement transparente.

L’anorexie ou l’idéal de la maîtrise

Son idéal est celui de la maîtrise : maîtrise de sa vie, de son poids, de ses émotions.

L’histoire de la fascination pour les top models squelettiques provient de cette volonté de maîtrise de notre société sur tout ce qui est la vie : le top-model a un corps et une vie aseptisés, son visage est sans expression, le monde dans lequel elle vit, tel qu’il nous est présenté sur papier glacé, n’est fait que d’histoires d’amour à l’eau de rose, sans aucune consistance. Ce qui est montré est un monde d’apparences, sans prise avec les réalités de la vie.

Tout cela est bien différent des photos des mannequins des années 30 par exemple, que l’on voit, rondes, en chair, joyeuses, riantes, expressives, gaies. Ce monde là nous ferait donc si peur aujourd’hui ? Qu’est ce que notre société véhicule comme idéologie, au travers des images de ses symboles ?

On ne peut guérir durablement de l’anorexie que si l’on va chercher loin dans son histoire, les raisons profondes du conflit psychique qui est à la source : désir de s’autonomiser par rapport à une mère très proche, trop proche ? Absence d’un père pour compenser le pouvoir excessif de la mère ? Peur de devenir femme, peur panique de la séduction ? Les explications peuvent être nombreuses, mais ce qui permet de guérir est le cheminement personnel que chacun(e) peut faire dans sa propre histoire émotionnelle, afin d’aller y déterrer les peurs, les démons cachés qui empêchent d’accéder à la pulsion de vie.

Geneviève ABRIAL

L’avis d’une nutritionniste

Pas toujours facile de se sentir bien dans son corps, bien dans sa tête ou encore bien dans son assiette. Très souvent un fantasme s’opère : « si je perds du poids, je me sentirai mieux dans ma peau, plus heureuse et plus aimée !». Attention à cette quête de la minceur qui, malheureusement, ne rime pas vraiment avec quête du bonheur. Celles ou ceux qui ont déjà perdu du poids ont, certes, ressenti cette sensation grisante de dynamisme, de force et de contrôle absolu, qui exacerbe la confiance en soi. Cet effet fictif de bien-être ne dure que le temps de la perte de poids. Mais ensuite… La stabilisation ? Pas vraiment. Un, deux mois, voire un an après, c’est la reprise de poids assurée. Alors comment faire ?

Il y a les mauvais régimes…

Les régimes amaigrissants, qu’ils soient personnels ou prescrits par un diététicien-nutritionniste, consistent à « faire attention ». Ce sont, pour la plupart, des régimes hypocaloriques, plus ou moins restrictifs. Leur cadre repose sur la consommation de produits plus ou moins allégés, l’évitement des graisses et des produits sucrés, ainsi que le contrôle de l’apport en pain, féculents et boissons alcoolisées. Certains régimes étant souvent carencés en calcium ou en vitamine liposolubles – solubles uniquement dans les matières grasses, donc que l’on ne trouve pas ailleurs que dans des matières grasses ou lipides (A, D, E, K), des compléments alimentaires sont alors préconisés.

Tous ces régimes, qu’ils soient hyper-protéinés ou même équilibrés, supposent un cadre rigide qui implique des “aliments interdits” et des fausses croyances. Exemple : qu’est ce qui est plus calorique ? Une barre chocolatée ou trois pommes ? Trois poires ou un fromage blanc 0% MG ? Réponse : les trois pommes, trois poires et le fromage blanc 0% MG sont plus caloriques qu’une barre chocolatée. Incroyable mais vrai !

Les régimes restrictifs créent deux “clans” alimentaires : le Bien et le Mal. Conséquences : la naissance du désir de certains aliments, et tôt ou tard, le relâchement total, voire la crise de boulimie. Deux lois s’appliquent, antagoniques : celle du tout ou rien (je préfère ne pas en acheter pour être sûre ne pas céder à la tentation), et celle du je ne suis pas à ça près, je me lâche, et tant pis si je reste grosse !. Ce système dichotomique, alimenté par un sentiment de culpabilité récurent, peut être déclenché par les restrictions cognitives soumises à l’évaluation des repas.

Les variations pondérales issues de ces régimes yoyo, selon l’expression consacrée, sont le plus souvent liées à un cercle vicieux : culpabilité – restriction (des régimes très restrictifs) – frustration – relâchement – culpabilité – restriction – etc. À la naissance de la compensation nutritionnelle : je mange pour décompresser. Les régimes n’éliment en rien cette relation à l’aliment, et même, bien au contraire, ils la stimulent, par l’aggravation de la mésestime de soi et par l’accroissement de l’effet antistress des aliments dits interdits.

… et les bons comportements alimentaires

Pour enrayer ce processus d’échec des régimes (reprises de poids), les diététiciens-nutritionnistes spécialisés en conduites nutritionnelles proposent un suivi comportemental alimentaire. Notre rôle est alors de guider nos patients vers la recherche de la pleine conscience, c’est-à-dire la reconnaissance et l’acceptation des émotions ou sentiments négatifs (colère, vide, mésestime de soi), associées aux sensations corporelles.

Il s’agit de réapprendre à adapter son comportement alimentaire à ses besoins physiologiques : en mangeant avec faim, plaisir et en s’arrêtant à satiété. L’objectif est de retrouver une liberté alimentaire, c’est à dire d’arrêter de penser ou de juger ce que l’on mange et d’écouter son corps, qui s’autorégule à une calorie près.

Florence PUJOL

D’une bonne hygiène de vie

Au cas où tous ces régimes, et de manière générale, cette obsession de la minceur (et on reste poli), nous auraient fait oublier les règles d’une bonne hygiène de vie, voici quelques conseils à se remémorer.

Les êtres humains  – que nous sommes – sont omnivores. Donc pas saladovores-sans-assaisonnement, ni 0%MG-vores, ni inversement quedesgraissesetsucres-vores. Omnivore, qui, selon le dictionnaire, signifie « qui mange de tout ». Donc, on mange des céréales (qui contiennent des sucres lents, donc qui sont utilisés par notre organisme tout au long de la journée), de la viande et du poisson, des légumes, des fruits, des produits laitiers… Et aussi de temps en temps des gâteaux-plein-de-sucre-parce-que-c’est-trop-bon !

La culpabilité n’est pas supposée être associée à l’alimentation. Si on cesse de se nourrir, on meurt. Et si on meurt, qui va acheter tous les produits de régime du marché, hein ? Sans aller jusque là, il faut se nourrir pour vivre, et tant qu’à le faire trois fois par jour, autant y prendre du plaisir. Un repas est convivial quand on est plusieurs à table. Un plateau-télé préparé avec amour par nous-même pour nous-même a un petit goût de paradis s’il y a tout ce qu’on préfère dessus. Un repas préparé avec Louis est une attention romantique, et qui peut nous donner des idées…

On fait du sport. Parce que c’est bon pour le cœur, et qu’on a envie de vivre très longtemps, parce qu’il y a encore des millions de choses qu’on a pas eu le temps de faire, qu’on veut voir grandir nos enfants très longtemps et faire chier nos petits-enfants encore plus longtemps. Qu’on se le dise, nous ne sommes pas toutes (et tous) de grands sportifs, ou alors qui s’ignorent – vraiment bien. L’idée est de trouver un sport qui nous amuse : salle de gym, sport collectif, individuel, footing seule ou accompagnée (c’est un bon plan drague, le footing dans un parc près de la maison, paraît-il…), gym à la maison… Il y a le choix. Avant de se décider, une solution est d’essayer (en insistant un peu au début, c’est le début le plus difficile) plusieurs sports avant de s’investir dans un (ou plusieurs !). Pas la peine de viser les prochains JO, il suffit de se bouger toutes les semaines pour être en meilleure santé et voir son corps se raffermir. Les mairies et associations de quartier proposent des cours qui ne sont pas très onéreux, des bonnes occasions peuvent se présenter dans les clubs de gym qui nous font bénéficier de temps en temps de prix intéressants, le sport à la maison et le footing demandent un investissement très raisonnable. Entre copines ou avec Louis, c’est plus motivant encore (surtout si on s’entraîne sans eux en cachette et qu’on leur et met plein la vue à notre prochaine sortie sportive).

Si on passe du programme mauvaise-alimentation-et-pas-de-sport à un changement radical d’habitudes alimentaires (pour adopter de meilleures habitudes, donc) et à la pratique régulière d’une activité physique, le corps s’affine et se raffermit sans avoir à passer par la case régime. Sans compter que c’est bon pour le moral de bien s’occuper de soi-même, et de son entourage si on bouleverse les habitudes alimentaires de toute la maisonnée.

Dans les cas où l’on est effectivement en surpoids, un régime amincissant est envisageable. Inversement, la minceur excessive devenue (ou en passe de devenir) dangereuse pour la santé peut (doit) être régulée. On peut solliciter l’avis de son médecin traitant ou d’un nutritionniste qui auront des conseils respectant notre santé. On peut aussi consulter un(e) psychanalyste afin de comprendre pourquoi nous avons adopté des comportements alimentaires déviants : prise importante de poids ou régimes amincissants à gogo voire anorexie. Un régime amincissant entrepris sans avis médical ne doit pas être trop long, ni trop frustrant. Il ne faut pas oublier que la nourriture est essentielle à la vie ! Que de nombreux oligo-éléments et vitamines sont essentiels au bon fonctionnement de notre organisme. Qu’il en va de notre santé de bien nous alimenter. Et que ce n’est pas un jeu, et, encore une fois, pas une mode.
 

Après tout ça, on sort de chez soi, on appelle ses meilleurs potes et / ou Louis, et on va boire un verre, en s’apercevant – oh joie ! – que le bonheur tient – heureusement pour nous – à autre chose qu’un chiffre sur une étiquette de pantalon ou sur un pèse-personne (lire la rubrique Sexe…).

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