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La déchéance de Mrs Robinson – Kate Summerscale

Écrit par le 13/04/2014 et modifié le 3/10/2017 - Livres - 0 commentaire

Dans l’Angleterre du milieu du XIXème siècle Isabella Robinson est poursuivie en justice par son mari, Henry, qui demande le divorce. Isabella se retrouve au centre d’un procès très médiatisé et des débats sexistes de la société victorienne.

 
La déchéance de Mrs Robinson

Résumé

Dans l’Angleterre du milieu du XIXème siècle Isabella Robinson est poursuivie en justice par son mari, Henry, qui demande le divorce, en se servant du journal intime de sa femme qu’il lui a dérobé. Elle est accusée d’adultère avec le jeune médecin, marié, Edward Lane. La loi sur le divorce est toute récente en Angleterre. Isabella se retrouve au centre d’un procès très médiatisé et des débats sexistes de la société victorienne.

Roman inspiré d’une histoire vraie.

La déchéance de Mrs Robinson
Kate Summerscale
Éditions 10/18
Parution : 20 mars 2014
408 pages
8,40€

Auteure

Kate Summerscale est auteure et journaliste britannique née en 1965. Elle a écrit The Queen of Whale Cay qui lui a valu le prix Somerset Maugham Award en 1998, L’Affaire de Road Hill House, qui lui a fait gagner le Samuel Johnson Prize for Non-Fiction en 2008, et La Déchéance de Mrs Robinson, notamment. Elle vit actuellement à Londres avec son fils.

Site officiel : www.mrwhicher.com.

Notre avis

La déchéance de Mrs Robinson est un roman magnifique et est devenu dès les 1ères pages l’un de mes romans préférés !

Il est inspiré d’une histoire vraie et très documenté. Les nombreuses notes de fin de livre permettent d’en apprendre plus encore sur cette jolie et émouvante histoire de Mrs Robinson.

Ce roman nous invite dans la vie intime d’Isabella Robinson, femme d’une quarantaine d’années au début du roman, représentative de nombreuses femmes de la haute bourgeoisie de son époque. Isabella a contracté un second mariage qui ne la rend pas heureuse, a 3 enfants. Elle est instruite, intelligente, fréquente des artistes, scientifiques, et autres intellectuels de la bonne société anglaise. Elle est une mère aimante. Et elle est aussi tourmentée par ses émotions et désirs : elle s’éprend d’Edward Lane, ami de la famille, de 10 ans son cadet, marié et père de famille, médecin brillant. Oui, mais voilà, dans la société victorienne, ça ne se fait pas.

Isabella consigne ses émotions, ses troubles, ses désirs, ses pensées les plus personnelles, dans son journal intime, qui comporte rapidement de nombreux volumes. Elle est tiraillée entre ses émotions et son éducation qui interdit à une femme d’avoir ne serait-ce que des pensées sexuées.

La déchéance de Mrs Robinson rappelle bien sûr Madame Bovary de Gustave Flaubert.

Il nous plonge dans la société victorienne faite de contrastes : des avancées scientifiques avec Darwin et sa théorie de l’évolution, les débuts de l’homéopathie, par exemple, ou la gynécologie, science naissante aussi, et en même temps la condition féminine ancienne qui place les femmes sous la tutelle de leur mari, les prive d’indépendance financière, les catalogue comme hystériques ou malades si jamais elles osent exprimer un désir sexuel…

Ce roman est aussi drôle : les grandes leçons de gynécologie et de psychologie (la masturbation masculine est signe de désordre mental, le désir sexuel féminin de maladie utérine, la « spontanéité débridée du matin » une maladie…), la phrénologie (théorie selon laquelle la forme du crâne humain indique le caractère de la personne) qui trouve dans une partie du crâne la cause de l’envie de séduire (« faculté souvent prononcée chez les femmes, les Français, les chiens, les mulets et les singes »). Vous ne connaissiez pas l’ « ovarite subaiguë » ? C’est normal. Elle « était habituellement causée par la privation sexuelle ».

Sans oublier le droit civil et les 1ers textes sur le divorce, très timidement accordé par le Parlement britannique, le mariage étant sacré et considéré comme le salut de la société.

On est choqué bien sûr par toutes ces règles et restrictions, par le sexisme, par les conclusions et remèdes médicaux qui nous semblent aujourd’hui presque barbares et certainement insensés, mais on rit beaucoup aussi de toutes ces expérimentations et tentatives de résolution des maux de la société victorienne, de nos jour bien révolues.

On est aussi ému : la scène du 1er baiser échangé entre Isabella et Edward est très jolie !

Bref, un très bon roman, féminin, féministe, qui nous plonge dans une autre époque, intellectuellement et socialement riche, aux côtés d’une femme qui refuse de se laisser dicter son comportement, même si elle est aussi effrayée par ses propres pensées et malheureuse de ne pas toujours comprendre ses émotions, je vous le conseille !

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