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La Fabrique des imposteurs – Roland Gori

Écrit par le 10/01/2013 et modifié le 23/05/2013 - Livres, Psycho - 0 commentaire

Cet ouvrage est une critique du néo-libéralisme comme producteur d’imposture. Comment l’auteur, psychanalyste, confronté aux difficultés ou impossibilités d’adaptation de certains individus ou au contraire à la sur adaptation, aux « faux self », d’autres individus perçoit-il, au-delà de l’histoire personnelle et généalogique, la nature sociologique, sociétale des psychopathologies ?

Roland Gori, La fabrique des imposteurs, Editions Les Liens qui Libèrent, janvier 2013


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Roland Gori est psychanalyste et professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques, à Marseille. Il a rédigé plusieurs ouvrages de psychanalyse.

Sujet : en quoi notre société induit-elle l’imposture comme réponse favorite, comme solution trouvée par certains individus pour mieux s’adapter à cette civilisation, entrainant une structure de personnalité, et pourquoi ce type de personnalité est-il en expansion ?

I L’imposture singulière et collective a toujours existé. L’hypothèse de cet ouvrage est de dire qu’elle est favorisée aujourd’hui par la politique et les normes sociales Ce qui rend le sujet très intéressant pour comprendre toute notre époque.

II Le postulat est que l’imposteur est plus un martyr, (donc une victime expiatoire ? ) qu’un individu psychopathologique. En effet, il cherche à nier la souffrance intime en se mentant à lui-même, il adopte au maximum les règles normatives pour se cacher à lui-même et par delà, aux autres bien sur, qui il est vraiment. Or, notre société offre beaucoup de moyens d’éviter toute souffrance, valorise cette fuite, et reçoit en offrande, pourrait-on dire, les imposteurs, comme représentants symboliques de l’évitement général. Comment reconnaît-on un imposteur en clinique ? On peut ressentir un sentiment de malaise face à lui. Comment en arrive-t-on là ? Définition de l’imposteur : L’imposteur est d’abord abusé lui-même. Il est adepte du « faire semblant », pour mieux paraître adapté aux codes et aux « simagrées » du groupe. Imposture: feinte, mensonge, fétichisme. L’imposteur est une éponge vivante, il absorbe tout. Il utilise le champ social pour faire sa « comédie ». « Je ne peux pas tenir la promesse du père. Donc je fraude pour faire semblant de correspondre à cet idéal »

III En quoi notre société favorise-t-elle l’imposture ? L’apparence et l’opinion sont érigées en Maîtresses. La première cause de la fabrique des imposteurs est que la norme remplace le politique. Seul le résultat compte. L’évaluation et l’opinion remplacent les valeurs, on est dans le règne de l’apparence, du conformisme et de l’opportunisme Quand la société est excessivement normative, le groupe influence l’opinion de chacun et l’esprit critique diminue. Des expériences le montrent.

Cela engendre une apathie psychopathologique:

  1.  apathie du travailleur qui doit servir le capitalisme sans états d’âme.
  2.  absence ou insuffisance de transmission : de ce fait, on n’est pas préparé aux évènements traumatiques car on n’a pas connaissance de la digestion de ces évènements par la génération au dessus.
  3.  délitement des liens sociaux
  4.  régression sociale

 Les caractéristiques de notre société engendrant l’imposture comme réponse :

  •  L’autorité en crise
  •  Le pouvoir des normes augmentant au détriment de la Loi, des lois
  •  L’augmentation de la vulnérabilité sociale avec la précarité des travailleurs
  •  L’augmentation de la fragilité psychique

Pour survivre, il faut tricher, frauder. Faire semblant, usurper. Augmenter les nombres de fétiches pour protéger la vulnérabilité. Engagement et responsabilité diminuent. Seuls l’audimat et l’opinion sont à satisfaire. C’est donc le règne de la démagogie. On pourrait dire, règne de « l’encéphalogramme plat » Au-dessus de tout ce système économique : le fétiche-argent, qui sert de rassembleur autour de non valeurs, et corrompt tout ceux qu’il touche. L’argent est le signifiant sans signifié, il voile l’horizon de l’être. L’imposture morale est LA grande imposture. L’imposteur social n’en est que le martyr.

 IV : comment en sortir ?

Par l’action : si on agit, on sort automatiquement de la norme. On ne fait plus que seulement s’adapter, on choisit, on se responsabilise.

 Par la culture : la culture augmente l’esprit critique, le recul, donne consistance et matière à la pensée, enrichit la réflexion, permet de ne pas se fondre dans la masse, de ne plus se jeter dans la consommation réflexe.

Par les valeurs : remplacer la valeur argent par des valeurs humaines. Se servir de l’argent, pas le servir. Faire de la politique authentique, R.Gori cite en exemple Jean Jaurès. Privilégier le savoir, le vrai, pas les notes scolaires Retrouver le collectif : Inciter au dialogue aux échanges qui permettent de penser collectivement et non suivre le « bien-pensant » du moment. L’imposture est donc une solution trouvée par certains individus pour s’adapter à cette civilisation où la norme impose son diktat, où la bureaucratie, l’expertise noient la créativité, où le rêve n’a plus lieu d’exister.

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