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L’après confinement

Écrit par le 15/06/2020 - Psycho - 0 commentaire

La sortie du confinement n’a pas été si simple. Pourtant nous l’avions espérée, désirée. Oui, mais voilà… Observations et bilan d’après confinement.

 
L’après confinement

Première étape après confinement : sortie autorisée mais limitée

Dans un premier temps, cette sortie autorisée mais limitée, venue après plus de deux mois de résidence à l’intérieur, ne nous a pas fait sauter de joie. Beaucoup sont restés sonnés. Oui, nous avions le droit de sortir après le confinement, sous conditions encore, et avec la menace de la contamination. Et puis, pour certains, ce fut une impression de vide, de non-sens : sortir mais pour aller où ? Pour faire quoi ? Qu’est ce qui avait changé exactement entre le confinement et le post-confinement ? Nous n’avons pas vu la différence.

D’abord on était groggy. Trop ankylosés pour avoir envie. On n’osait pas. Bien au chaud, dans nos intérieurs protégés, sans choix à faire. Il a fallu retrouver l’envie de dehors. On n’était plus habitués. Il a fallu se convaincre, se motiver. Il a enfin fallu s’obliger car on n’y arrivait pas autrement.

Dehors : forêt, ville, lac, mer. Quelle redécouverte ! Et les autres ! Partout, d’autres, qui rient, crient, s’agitent. On avait oublié ! Nous faisons bien partie de la même communauté d’humains. Nous nous reconnaissions. Et nous nous flairions de loin.

Nous avons respiré un peu plus, mais nous n’osions toujours pas le faire à plein poumons.

Car, enfin, tout est concentré sur cette question de respiration. A l’intérieur l’air n’est pas contaminé, mais nous avons une envergure respiratoire limitée, nous respirons un air confiné. A l’extérieur, une mise à distance d’au moins un mètre est recommandée, afin d’être assuré de ne pas respirer l’air d’autrui, de ne pas inhaler des particules issues de ses poumons. Dans tous les cas, nous devons restreindre notre présence respiratoire. Nous n’avions pas imaginé qu’un jour, respirer l’air de nos congénères (et risquer d’être touché par ses postillons à cette occasion) s’avérerait dangereux. Le principe vital de la respiration ne va plus de soi.

Petit à petit le goût est revenu

Et puis petit à petit, le goût est revenu. D’abord un peu de nature, les couleurs du printemps, les senteurs des arbres, du lichen. Le sombre, l’ombragé, les filets de lumière caressant les feuilles. Il faisait beau.

Et un jour, le transport en ville : métro, bus ou tramway. Avec les masques. Nous étions un peu compassés. Ne trouvions pas l’entrée car certaines “bouches” de métro étaient fermées. Avons dû nous adresser à des agents pour savoir si on avait le “droit de circuler” en dehors des heures de pointe.

Le retour dans les endroits que nous ne fréquentions plus, le vélo pour aller un peu plus loin, et retrouver le mouvement et l’air sur la peau.

Nous étions tout embarrassés par cette autonomie nouvelle, presque gênés, sans notre autorisation de sortie. Un peu nus, un peu seuls, exposés. Le masque nous rassurait, derrière lequel nous gardions notre espace privé.

Gérer sa liberté ne va pas de soi

Depuis, nous avons évolué, chacun à son rythme. Certains commencent à se projeter vers les sorties, les vacances, la reprise des activités, la rentrée prochaine où tout rentrera dans l’ordre. Mais tout le monde n’est pas encore à l’aise dans cette configuration. Car les angoisses sont loin d’être apaisées.

Le choc violent du confinement n’est pas absorbé. Les excès de ceux qui, soudain “autorisés”, s’autorisent à tout, se pensant non concernés, bravent les interdits, conduisent vite et mal, montrent que gérer sa liberté ne va pas de soi, que derrière les comportements outranciers se cachent aussi des peurs inconscientes.

Être libre n’autorise pas à se conduire de façon irresponsable, bien au contraire. Car la liberté est une responsabilité, avant tout. La liberté se travaille, se conquiert, construit ses limites. Nous sommes pleinement confrontés à ce travail là, à cette responsabilité là.

Nous n’avons semble-t-il pas acquis beaucoup de certitudes au cours de cette période.

Les  prises de décision au sommet des états ont été contradictoires, évoluant pas à pas, influencées tour à tour par des positions scientifiques, elles-mêmes contraires les unes aux autres. D’ailleurs, les polémiques continuent et vont sûrement s’amplifier, à l’heure des différents bilans et recherches de “Vérité”. Le monde , non préparé, a été touché, dévoilant sa fragilité la plus crue. Les nouvelles concernant l’économie sont alarmantes.

Bilan d’après confinement

Pour chacun, le bilan aussi se prépare : qu’avons-nous gardé de positif de ces deux mois et demi confinés chez soi ? Que nous reste-t-il ? Nostalgie, tristesse, bonheur, calme, vision différente de notre vie ? Étions-nous en hyper activité ou au contraire dans un état d’immobilisme, d’endormissement un peu “paresseux” ?

Pouvons-nous conserver ce calme, ces temps de concentration ? Pouvons-nous retrouver la vie sociale, sans s’y perdre ? Pouvons nous ne pas retourner nous enfermer dans la vie trépidante, anéantissante, dépersonnalisante ?

De nombreux articles se penchent sur la question de l’après, dans tous les domaines. Des noms sont créés : “ma vie post Covid19” par exemple. Il y a un avant, il y aura un après. Et cet entre-deux, plein et vide, flou et clair, calme et anxieux, à l’arrêt, temps suspendu, et en même temps, l’occasion de “faire ce qu’on n’a pas le temps de faire” durant ces longues plages horaires libérées soudainement. Cet entre-deux dont on ne sait plus quoi penser, tellement il échappe à nos repères habituels.

Sortir du confinement nous fragilise. Nous sortons du cocon protecteur, plus sensibles au stress, maintenant, ayant vécu dans nos espaces réduits. Il est nécessaire de reconquérir nos territoires de vie de façon progressive, pour éviter les heurts violents.

La fin du confinement n’est pas une fin, mais au contraire un recommencement. Après cette pause, nous sommes amenés à penser notre vie. Que voulons nous, maintenant ? Comment voulons-nous vivre ? Qu’est ce qui est important ? Qu’est ce qui est superflu ? Quel sens voulons nous donner ? Je pense que les mois prochains vont être source de remises en question pour beaucoup.

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