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L’art de la procrastination (et l’avis de la psy)

Écrit par et le 9/08/2016 et modifié le 29/07/2016 - Psycho - 0 commentaire

Ou l’art de se mettre soi-même, en toute conscience, dans des situations bien inconfortables, à force de « on verra demain ». Serait-ce de la fainéantise ? Une phobie des choses faites à temps ? Ne me dites pas que je suis la seule à procrastiner… La procrastination est l’art de remettre au lendemain. C’est tout ce qu’explique le dictionnaire. Débrouille-toi pour en trouver les raisons.

 
L'art de la procrastination (et l'avis de la psy)
 
Quand je fais les choses, je les fais à fond. Je suis comme ça, entière. Donc quand je procrastine, je procrastine sur tout. Et n’importe quoi. Appliquer mon joli nouveau vernis à ongles sur mes orteils ? Demain. Téléphoner à ma cousine ? Vendredi. Aller chez le coiffeur ? Ce week-end. Payer l’électricité ? La semaine prochaine. Et il y a toujours un suivant lendemain, vendredi, week-end, une autre semaine prochaine pour reporter encore. Et toujours. C’est presque trop facile…

Est-ce à dire que je procrastine par pure fainéantise ? Je veux bien admettre que je suis parfois tentée de me laisser vivre pour le plaisir, mais de là à me caractériser d’incorrigible fainéante compulsive… ce n’est pas parce que je remets tout à demain, que je ne fais rien aujourd’hui.

Est-ce alors parce que mon emploi du temps d’aujourd’hui est trop rempli ? Je pense que lorsqu’on veut vraiment faire quelque chose, on trouve le temps de le faire. « Je n’ai pas le temps » signifie souvent plutôt « je n’ai pas pris le temps ». On est toutes et tous très occupés souvent, certes, mais on peut toujours s’occuper mieux, de manière plus productive, plus organisée, et donc accomplir les tâches que l’on s’était données à accomplir.

Est-ce par manque total d’organisation ? On peut toujours s’améliorer, j’en suis sûre. Et c’est valable pour tout ce que l’on entreprend. Mais tout remettre au lendemain n’est pas, il me semble, être désorganisé. Si on faisait vraiment tout ce qu’on a prévu de faire le fameux lendemain, on ne dirait plus que l’on procrastine, on aurait juste une liste de choses à faire tel jour, et on s’y tiendrait. Et l’art de la procrastination consiste non seulement à remettre au lendemain, mais à choisir de remettre au lendemain. On ne se trouve pas, en fin de journée, débordée, à devoir admettre que l’on n’aura pas le temps de faire telle chose et devoir la remettre au lendemain, à contre cœur. Non, on se lève le matin, et arrivé devant son bureau, sa liste de choses à faire, on choisit délibérément d’en reporter tout ou partie au lendemain. Et la journée de commencer, remplie de nombreuses activités. Et avec toujours la même liste de choses à faire le lendemain.

Est-ce la phobie des choses faites à temps ? Je ne suis pas convaincue. Vous non plus, j’en suis sûre. Qui plus est, je ne me lève pas, chaque matin, terrorisée par ma liste de choses à faire le jour-même. Je trouve juste plus pratique, facile, évident, habituel, de les remettre au lendemain. Il ne manquerait plus que ce soit juste une vieille habitude… Une mauvaise habitude, alors ! Parce que, concrètement, ça peut poser quelques problèmes. Pas tant pour le report de la pose de vernis à ongles sur les orteils que pour le paiement de la facture d’électricité.

Est-ce pour être soulagée une fois que tout est fait ? C’est vrai que réellement accomplir les tâches que l’on a reportées depuis plusieurs semaines, voire mois, ça fait du bien ! On se sent léger ! On a l’impression d’avancer. De progresser. De grandir un peu aussi. Le secret de la procrastination résiderait-il dans la délicieuse sensation du devoir accompli que l’on ressent de temps en temps ? Ça serait logique alors de faire tout ce qu’on veut (et doit) faire régulièrement, pour retrouver cette sensation plus souvent… Pour des shoots plus réguliers à la sensation du devoir accompli.

Est-ce un peu tout ça ? Une dose de fainéantise, une pointe de surbooking, un petit peu de désorganisation, un soupçon de phobie du devoir accompli, une note d’addiction à la douce sensation du devoir ENFIN accompli ? Pourquoi pas ?

Et donc, je me soigne comment ? Je colle des notes « Ne pas procrastiner » dans toute la maison ? Je m’interdis de me lever de mon bureau si je n’ai pas accompli au moins l’une des tâches prévues pour le jour-même ? Ou d’aller me coucher si ce n’est pas fait dans la journée ? De manger de dessert ? Je peux aussi me souvenir de toutes les fois ou procrastiner m’a généré des ennuis (factures en retard et stress de voir l’électricité coupée, relances désagréables, frais bancaires, retard accumulé…). Et me répéter en boucle que « ce qui est fait n’est plus à faire », comme Maman me l’a appris. Oui, je vais faire ça. Demain.

L’avis de la psy

La procrastination est devenue un « art » à la mode, nous en sommes tous atteints semble-t-il, et nous déplorons ce fonctionnement car nous avons l’impression qu’il est un handicap…

Comme toujours dans de nombreux domaines, il est intéressant de raisonner à contre-courant pour tirer une autre signification et voir une facette différente des choses… Et si remettre à plus tard était, non un handicap, mais une nécessité ? En effet, parfois, on remet à plus tard, parce qu’on n’est pas prêt à ce moment là… L’idée, le projet, mûrissent à l’intérieur et tout à coup, ça y est, on agit, car on est prêt. Le temps mis à laisser mûrir, est très important et ne peut être réduit. Cependant, cela s’accomplit à condition d’être dans un fonctionnement psychique actif. Il faut faire confiance en la capacité du psychisme à travailler, à trouver des solutions. Alors, quand vient le temps de l’action, la justesse et l’évidence de la mise en œuvre s’imposent d’elles-mêmes. Ça, c’est le premier point.

Ensuite, il faudrait distinguer les tâches qui sont éternellement remises. D’une part, il y a les tâches administratives, de ménage, de rangement, fastidieuses, auxquelles généralement personne n’a envie de se coller, mais qui sont absolument nécessaires. Ensuite, il y a les projets qui tiennent à cœur, les rêves, les désirs. Entre un rêve et les premiers pas vers sa réalisation concrète, s’installe parfois un gouffre. Engendré par les peurs de faire un choix, de s’engager, les difficultés à passer à l’action.

Dans les deux cas, tout dépend du degré d’inertie, et donc du danger dans lequel vous vous placez à force de procrastiner. Si toute action est inhibée, vous devez faire un travail sur vous pour tenter de comprendre les blocages qui vous empêchent de vivre. Si vous laissez s’accumuler les tâches dites rébarbatives, au point d’avoir des ennuis ensuite (huissier pour impayé !) vous n’avez d’autre choix que de vous… arrêter, au contraire, de faire une pause. Pour laisser remonter en vous l’envie de vous mettre à jour, de classer, faire avancer les tâches. Faites une petite méditation et réfléchissez à ces tâches qui vous attendent. Pourquoi ne pas les entamer, démarrer, ne pas laisser s’accumuler, les faire en pleine conscience ?

Toutes ces tâches qui paraissent rébarbatives sont en fait à valoriser. Elles sont la façon dont vous menez concrètement votre barque. Nous sommes souvent devant les écrans, dans des sphères abstraites et virtuelles. Le monde des tâches concrètes ne devrait pas être considéré comme désagréable mais, au contraire, comme un monde où d’autres qualités sont activées. Essayez d’en ressentir les bienfaits, le plaisir même, car il s’agit de la mise en place de votre structure de vie. Or, sans structure, on ne peut pas construire… C’est le chaos…

Pour ce qui concerne les projets de vie, les beaux rêves que l’on remet sans cesse à plus tard pour de bonnes et mauvaises raisons, un équilibre est à trouver entres les réalisations et l’imagination. On ne peut bien sûr par réaliser tous ses rêves, et il est normal de garder une part d’imaginaire. Mais poser concrètement des pierres pour construire des projets est une nécessité, faute de quoi la frustration grandira et deviendra aigreur, mal-être, souffrance…

Votre vie est comme une œuvre d’art dont vous devez vous occuper, selon différents aspects.

En somme, comme toujours, on ne peut pas lutter contre un symptôme, mais d’abord en comprendre les causes et la complexité, afin de se réconcilier avec toutes les parts de soi.

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