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Le chiffre des sœurs – Antoine Piazza

Écrit par le 4/03/2012 et modifié le 4/03/2012 - Cultivée, Livres - 0 commentaire

Le chiffre, ce sont les initiales emmêlées qu’on brodait autrefois sur les trousseaux de famille. Les sœurs, elles sont au nombre de quatre. Nées dans le premier quart du XXe siècle au sein de la petite bourgeoisie provinciale, elles forment le quatuor de tantes redoutable et fascinant de ce nouveau livre d’Antoine Piazza, qu’on aimerait dire roman, bien qu’il soit nourri exclusivement de ses souvenirs familiaux. Au travers de ces personnages hauts en couleur, souvent truculents, il balaie un siècle, celui des siens sur plusieurs générations et nous dresse le portrait d’une certaine France. Secrets et scandales familiaux, bons mots d’enfants répétés sur des décennies, anecdotes ressassées et amplifiées… Chaque famille a sa propre mythologie et l’art d’Antoine Piazza est d’en creuser avec minutie chaque épisode et chaque personnage. Les femmes, donc, sont au cœur de cette chronique. Annabelle, la sœur aînée, en est la maîtresse femme : elle tient salon à Maillac, petite ville industrieuse du Sud-Ouest enrichie dans les peaux (Mazamet en réalité), dont nous est racontée la prospérité, puis la chute à l’orée des années 80. La cadette est professeur de piano dans une très sélecte institution catholique parisienne, les dernières, infirmière et religieuse. À elles quatre, elles forment l’axe et le moteur de ces histoires fondatrices où l’héroïsme côtoie souvent la mesquinerie et la trivialité.

Né en 1957, Antoine Piazza vit à Sète où il est instituteur. Depuis le premier, Roman Fleuve, paru en 1999, tous ses romans sont parus dans La brune, notamment Les Ronces (2006, Babel 2008), salué unanimement par la critique, La Route de Tassiga (2008, Babel 2010) et Un voyage au Japon (2010).

Sorte d’autobiographie centrée sur les membres de sa famille plutôt que sur lui-même, Le chiffre des sœurs en révèle beaucoup plus sur l’auteur qu’on ne pourrait le penser. Notamment parce que l’histoire de son milieu et de sa famille – en particulier de ses extravagantes tantes – touche au plus juste la manière dont, petit, il s’est construit. On aime parce que, sans sentimentalisme ni nostalgie superflus, Antoine Piazza réussit à dresser le portrait de ses quatre tantes, personnages qui ont vécu l’Histoire à leur manière, comme tout un chacun…

Éditions du Rouergue (collection La brune), 240 pages, 18 € (récit)

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