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Le poids des obligations familiales, sociales

Écrit par et le 9/04/2019 et modifié le 10/04/2019 - Amour, Famille, Psycho - 0 commentaire

Nous sommes inconsciemment influencés par le désir de nos aînés (parents, grands-parents ou générations antérieures encore), leurs satisfactions ou bien leurs peurs, leur mal-être, leurs insatisfactions, leurs traumatismes… Et ces influences peuvent nous interroger, nous priver d’une partie de notre liberté, nous étouffer… On parle de “dettes inconscientes”. Que sont les “dettes inconscientes” ? Comment les repérer ? Et comment s’en libérer ?

 

Que sont les dettes inconscientes ?

Le concept de loyauté invisible et de dette inconsciente a été mis en évidence pour la 1ère fois par un psychothérapeute hongrois : Ivan Boszormenyi-Nagy dans les années 1950.

Le concept de loyauté permet de décrire les liens puissants qui soudent entre eux les membres d’une famille, unis par une force supérieure. Une relation est privilégiée au détriment des autres. La loyauté implique une mission à laquelle se voue le sujet. Cette mission consiste à éponger une dette implicite. En effet, selon cette conception, les liens familiaux sont constitués de dettes et de gains. La balance s’effectue entre ces gains et ces dettes de façon à ce que le tout s’équilibre.

Pour atteindre cet objectif d’équilibre, il est possible qu’un des membres de la famille ait pour mission, transmise par l’inconscient familial, d’éponger les lourdes dettes contractées en amont, par un autre membre de la famille auquel il est fortement lié. Une famille est un clan, et possède des valeurs dominantes que chaque membre se doit de respecter, sous réserve d’être exclu, d’une manière ou d’une autre (renié, rejeté, enfermé dans la maladie, etc.). Pour certaines familles, la valeur dominante est le travail, pour d’autres le patrimoine, le nom, pour d’autres encore, la création, etc.

Par exemple : un membre d’une fratrie fait faillite et tombe dans la déchéance dans une famille où on se valorise par la réussite professionnelle. Il est un tel sujet de honte que plus personne ne le voit ni ne parle de lui. Sa vie est reléguée au secret. Une dette est contractée, et sera transmise aux générations suivantes. Un arrière petit-fils sera porteur de la mission d’éponger cette dette. Mais la dette est telle qu’il n’y parvient jamais. Il éprouve une peur profonde de rater tout ce qu’il entreprend, alors qu’il réussit parfaitement. Il est éternellement insatisfait.

L’assujettissement inconscient à la résolution de la dette peut être très puissant et porter vers une répétition de destin. Ce sont des forces invisibles qui poussent à se fixer dans un rôle particulier, avec impossibilité de s’en extraire.

Seul un travail thérapeutique pour détecter les forces inconscientes en œuvre, et l’histoire familiale en jeu, pourra venir à bout de ces loyautés invisibles.

Nos dettes inconscientes

Le sentiment d’obligation vis-à-vis de nos parents, sœurs, frères, ami(e)s, collègues découle de ces dettes inconscientes. Elles nous rendent la vie parfois difficile et peuvent perdurer dans le temps. La force du sentiment d’obligation dépend du poids de ces dettes.

Du côté de la famille, cela peut être l’écoute d’une mère dépressive avec laquelle on ne parvient pas à mettre la bonne distance. Ou l’obligation à l’excellence afin de satisfaire un père exigeant, pour qui l’erreur n’est pas la bienvenue. Ou bien endosser le rôle de l’amuseur familial pour compenser une mauvaise communication au sein de la famille. Les contextes amical, sentimental, professionnel sont également impactés : on se sent parfois obligé de dire oui à un(e) ami(e), collègue, d’être toujours là pour elle/lui. Dire oui pour faire plaisir aux choix d’un conjoint, même si ce n’est pas en accord avec son vrai désir.

La dette de vie existe, puisque nos parents nous ont donné la vie. Ce peut être vécu sans lourdeur, et considéré comme normal, avec la perspective de transmettre à son tour la vie, et avec l’idée que nos parents eux-mêmes l’avaient précédemment reçue… Mais pour d’autres, cette dette devient lourde à porter, et entraîne une culpabilité, la plupart du temps inconsciente. Les sollicitations parentales peuvent être fortes : par exemple, des parents font comprendre à leur enfant qu’il devrait être plus présent pour eux, qu’il doit donner plus, que c’est normal d’être très exigeant avec lui… Il est considéré comme “normal” de vouloir être présent pour sa famille. A condition que le poids des obligations ne conduise pas vers une spirale négative.

Certaines personnes ont des blocages pour s’extraire de ces “devoirs”, avec l’impression de trahir s’ils ne s’y conforment pas. Ce poids est tel que le contact avec les parents ou la fratrie entraîne plus de peines, de douleurs que de plaisir. Est-ce vraiment trahir que de vouloir se sentir bien ?
 
Un ami ou un conjoint se transforme parfois, de manière inconsciente, en substitut de l’amour parental manqué, du poids familial. Le sentiment d’être obligé de dire oui s’installe alors qu’au fond, on a envie de dire non. Mais par peur de perdre son estime, son appréciation, ou son amour, on n’ose pas. Au travail, i peut s’agir d’un employeur tyrannique, un collègue sans gêne, oppressant, envahissant… Ces comportements sont parfois subis, destructeurs à petit feu, sans possibilité pour la personne d’arriver à fixer les limites, à refuser ce qui n’est pas acceptable.

Cette démission à soi-même et ce non-respect de ses propres choix, de ses désirs entraîne sur le long terme divers préjudices : stress, angoisse, manque de confiance en soi, diminution de l’estime de soi, perte d’envie, de plaisir, déprime, dépression…

Exercice de visualisation

Pour commencer à travailler sur ce conditionnement, voici un exercice de visualisation.

L’exercice consiste à se poser, à prendre du recul : visualisez une situation récente dans laquelle vous avez subi et non réagi. Imaginez-là avec de la hauteur, comme si vous sortiez de vous-même. Observez, écoutez de l’extérieur, comme une personne spectatrice de la scène. Vous pouvez même vous imaginer dans une salle de cinéma, une salle de spectacle, regardant la scène. Créez votre propre décor : les images, les sons, les sensations dans ce lieu…

Observez la situation pour pouvoir déterminer le schéma répétitif dans lequel vous vous sentez redevable, coupable, où vous n’arrivez pas à dire non… Ce schéma qui appartient à cet autre vous-même là en face de vous. C’est ce dont vous ne voulez plus.

Puis, imaginez comment vous aimeriez réagir dans l’idéal. Avez-vous une connaissance, un(e) ami(e) qui réagit différemment dans ce même contexte ? Quelles sont ses réactions ? Apprenez à l’observer, à l’écouter ou remémorez-vous ses réactions. Imaginez-vous vous même réagissant de manière adaptée, comme vous aimeriez le faire. Imprégniez-vous de ce nouveau comportement.

Plus vous prenez conscience de ce schéma, plus vous allez pouvoir, par la suite, le repérer au moment où vous sentez que vous allez le reproduire.
Ce, dans le but de vous dire, un jour, que ce schéma appartient désormais au passé. En faisant régulièrement cet exercice, vous allez au fur et à mesure commencer à vous libérer du poids de ces obligations. Alors entraînez-vous !

Sophrologie et hypnose peuvent être envisagées aussi, pour aider à se défaire de ces dettes inconscientes. Si les difficultés persistent, et entraînent un mal-être, une psychothérapie de type analytique sera indispensable.

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