Proposer un article

Le sexe des jouets

Écrit par le 15/12/2012 et modifié le 15/07/2019 - Famille, Psycho, Thème du mois - 2 commentaires »

Le monde des jouets est-il « sexiste » ? Les jouets sont-ils des représentations des modèles du féminin et du masculin totalement obsolètes, qui appâtent les enfants par leur côté simpliste et rassurant ? Conditionne-t-on trop les enfants dans des rôles très différenciés et stéréotypés en leur offrant des jouets de filles et des jouets de garçons ? Le monde des jouets est-il si ringard que cela ? Présente-t-on à nos enfants un monde désuet qui n’a plus cours ? Dans un grand magasin de jouets près des Champs-Elysées, je mène l’enquête, décidée à traquer le sexisme parmi les jouets et à répondre à ces questions. Voici un tour d’horizon de ma visite.

 

Jouets roses et bleus

Dans un premier temps, je ne suis pas surprise : du rose et mauve d’un côté, du bleu et vert ou du noir et rouge, de l’autre.

Des rayons entiers de pistolets, armes, fusils, présentés en forme dynamique et agressive, avec des garçons montrés sur l’emballage l’arme au poing. En face le monde des maisons de poupées, têtes à coiffer, baker-shop, poupées-bébés, tables à langer où seules des filles sont représentées, pouponnant, promenant bébé dans sa poussette. Les pirates sont des garçons. Il y a des princesses, mais pas de princes ! Les voitures de filles et les voitures de garçons sont très différenciées. Celles pour filles sont automatiquement de couleur rose bonbon. Les voitures de courses ne sont apparemment investies que par les garçons.

L’information selon laquelle existe un rallye raid dans le désert marocain, 100% féminin, depuis 1990, n’a pas circulé semble-t-il chez les fabricants de jouets.

Rayon livres

Le pire est au rayon livres (peu fourni, heureusement).

Ainsi, un livre s’intitule : une histoire pour chaque soir à lire pour tous les petits garçons.  Pourquoi des histoires pour les garçons ? Une série de petits livres a pour nom : « P’tite fille », et là, nous avons droit à la maîtresse et la marchande. Chez les « P’tits garçons », on est conducteur de train, et de camion poubelle … guère mieux… Le Petit héros, lui, garçon chanceux, est un aventurier ! (Nettement plus alléchant !)

À y regarder de plus près, pourtant, il semble que quelques fabricants produisent des efforts pour débarrasser les jouets de ces poncifs abêtissants : aux garçons les armes et les véhicules, aux filles les poupées et le métier de marchande.

Une marque de jouet présente toute une gamme allant de l’aspirateur, machine à laver, au panier de courses, puis du chariot de jardin aux outils de bricolage : un garçon et une fille sont chaque fois représentés, les couleurs sont diversifiées. Rien de sexiste. Bon, à y regarder de plus près, dans le chariot de jardin, le garçon tient un arrosoir, et la fille habillée de rose tient une fleur à la main. Encore un petit effort, et on y sera presque !! Pour les plus petits, j’ai même vu un petit garçon tenant un poupon dans ses bras, sur le packaging du jouet ! Une maxi cuisine, une valise médicale, de la même façon, sont présentés avec  une fille et un garçon. Ailleurs, un squelette, un corps humain avec les organes, télescope, microscope : aucun signe distinctif de sexe. Chez Playmobil, un bon point : les top agents, avec voiture et arme sont deux : un personnage masculin, et un féminin.

Mais un mauvais point aussi chez le même Playmobil: la caravane est représentée avec la dame servant les boissons, et l’homme assis à la table lisant une carte routière !! (aïe, aïe aïe !!)

Bon, on ne va pas faire non plus nos paranos…

Chez les ThunderCats, une seule fille : Cheetara. Fin 2010, la marque Lego a présenté une nouvelle gamme, destinée aux filles, les Lego Friends, pour augmenter le marché en segmentant ses cibles. Donc je vérifie les Lego pour filles. Les filles des Lego Friends, sont toujours en robe. S’occupent d’animaux ou de plantes. Les couleurs sont mièvres, les maisons avec piscine, invitent au farniente. Pas encore gagné !

De l’importance des jouets pour les enfants

Le jouet permet à l’enfant de rêver, et de se projeter dans un monde imaginaire, en étant acteur et non spectateur passif assimilant comme dans le spectacle télévisuel. Revivre par le jeu des événements de la journée, parfois source d’angoisses non formulables, non conscientes, et en évacuer la peur constitue un travail psychique.

Le jouet a bien sûr aussi des vertus pédagogiques : grâce à lui l’enfant apprend, comprend,  exerce son habileté, sa mémoire, son sens de l’anticipation…

Autrement dit, le jouet est essentiel à l’évolution de nos enfants Aussi est-il  important de réfléchir sérieusement au sujet, sans vouloir vous mettre la pression !

Le jouet permet de se réapproprier les activités des adultes, de s’identifier à un corps de métier. Je pense que c’est la raison pour laquelle on voit tant de camions de pompiers, de caisses enregistreuses et de docteurs en blouse blanche. Ce sont des métiers, soit familiers, soit impressionnants pour les enfants… souvenons-nous !

Les jouets auraient donc un sexe ?

Il y a donc bien des jouets manifestement considérés pour les filles, d’autres pour les garçons, même si semble-t-il des progrès sont réalisés. Certes on a raison de s’insurger contre ce simplisme.

Cependant, les enfants ont besoin de se rallier à des codes d’identité clairs.

A l’âge du stade de latence, 6 à 12 ans environ, l’enfant s’identifie à son groupe de pair(e)s . Il est courant que se regroupent les garçons d’un côté et les filles de l’autre.. Chacun commence à se déterminer  en s’éloignant généralement de l’autre sexe. Ce phénomène naturel, n’est pas non plus à amplifier. Il s’agit d’un stade d’évolution, avant la phase de puberté, où la sexualité adulte va petit à petit se mettre en place.

Or, cette évolution est parfois captée par l’adulte, qui  utilise l’enfant pour son propre profit.

Ainsi  sont dénoncées actuellement les dérives dans les médias de  l’hyper-sexualisation des enfants, et notamment des petites filles. Celles-ci sont présentées dans des tenues sexy, sous couvert de publicités pour des marques de lingeries pour très jeunes filles par exemple. Sont visés aussi les concours de Mini Miss, où une over dose de maquillage couvre les visages de toutes petites filles, prenant des poses aguichantes. Les clips pour un public d’adolescents et de préadolescents présentent très souvent  un monde de division des rôles, où le garçon impose sa force et la fille est séductrice.

Voir le rapport parlementaire de Chantal Jouanno, daté de mars 2012, intitulé : « Contre l’hypersexualité, un nouveau combat pour l’égalité ».

Les jouets restrictifs sont anti-éducatifs

Revenons aux jouets : ce qui est restrictif est effectivement anti-éducatif. Par exemple, n’offrir que des poupées à une fille, et uniquement des camions et voitures à un garçon tout en interdisant à l’un et à l’autre, sous forme de moquerie ou de raillerie, de s’intéresser à autre chose.

Le féminin et le masculin ne sont pas à nier, ni à niveler. Simplement, les garçons comme les filles sont caricaturées dans leurs identités sexuelles : comme si être fille entraînait de rester cantonnée aux activités de la maison, aux enfants, et à la coquetterie. Et être garçon signifierait avoir des activités extérieures, dangereuses, dynamiques.

Comme si personne ne savait pas imaginer, représenter autrement le féminin et le masculin !

Devons nous pour autant interdire à notre fille le port de cette magnifique robe de princesse, pailletée, qu’elle regarde avec les yeux brillants, presque aux larmes d’admiration ?  Et ne jamais acheter le pistolet « Nerf Strike » que votre garçon observe, tourne et retourne dans le rayon du magasin, à chaque occasion ? Bien sur que non ! Surtout pas !

Il faut bien sur savoir accompagner les rêves des enfants, leurs désirs. Savoir aussi, à côté de la robe de princesse, et de l’arme de guerre, offrir des jouets que vous trouverez, vous, plus éducatifs, moins basiques, plus « intellectuels », nuancés ou source de savoir. Ne négligez pas votre rôle d’éducateur.

Mais ne le/la privez pas de ses rêves d’enfants, même si vous trouvez ses goûts mièvres et dépassés: ce seront des souvenirs qui lui feront chaud au cœur plus tard, n’est ce pas ? Et qui correspondent à un moment de son évolution, simplement.

Quelque chose à ajouter ?

  1. Genevieve - 1 janvier 2013 à 17 h 31 min

    Le jouet, plus que d’être pour garçon et pour fille, doit laisser une grande place à l’imaginaire. Les ustensiles de ménage ou de cuisine, quasiment copié-collé des vrais, sont un peu déprimants! Et n’oublions pas la capacité infinie des enfants à rêver et à construire un monde imaginaire. Qui peuvent jouer avec un bout de papier, un caillou, que sais-je encore!

  2. Marie-Aube - 26 décembre 2012 à 14 h 54 min

    C’est vrai qu’on a un peu envie de bousculer ces idées toutes préconçues et d’offrir une Barbie aux petits garçons de nos amis et une voiture aux petites filles… juste pour mettre un peu de pep’s dans tout ça.

    Mais je comprends bien que les jouets “pour les filles” et “pour les garçons” ont une utilité, s’identifier, se construire une identité sexuée… En plus, j’adorais mes Barbie, soyons clairs. Et mes Playmobil, pas pour filles à l’époque, mon train électrique toute petite, oh, et mon Mémento, j’étais folle de ce truc (ouais, rien à voir je sais mais c’était trop bien comme jeu!). ^^

Laisser un commentaire