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Les silences de la guerre – Claire Fourier

Écrit par le 4/01/2012 et modifié le 19/03/2012 - Cultivée, Livres - 3 commentaires »

 


Guerre 39-45.
Occupation de l’ennemi dans un fier village breton, près de Brest.
La maison des Ruzcoat est réquisitionnée pour loger un officier allemand.
Bottes cirées, croix gamée et uniforme gris-vert envahissent l’existence tranquille de la jeune Glaoda et de son père.
Les apparences peuvent être trompeuses, et vont-ils s’arrêter à ce que leur souffle l’honneur et la morale ?


Auteure polyvalente, entre roman, Haiku, essai, récits historiques, nouvelles … Claire Fourier aime mélanger les genres.
Elle a 32 écrits à son actif.
Les propos en italique sont issus de l’entretien donné par Claire Fourier à sa maison d’édition, qu’elle a eu l’amabilité de me faire parvenir.


“Les silences de la guerre” est un livre écrit en réaction à un autre.
Comme un droit de réponse à l’oeuvre ” Le silence de la mer” de Jean Vercors, Claire Fourier, avec sa sensibilité, cherche à rétablir la vérité, sa vérité.
Dans le livre du résistant Vercors, écrit en 1941, la jeune fille et son père s’enferment dans un mutisme obstiné face à l’envahisseur Allemand, aussi charmant et cultivé soit-il. Le ” récit transgressif, mais parallèle au silence de la mer” s’est imposé à Claire Fourier, car “l’histoire ne résistait pas à un examen logique.” Il fallait un ” pendant pacifiste et européen“, mais également plus féminin, à cette oeuvre qui a marqué toute une génération.

Faire passer l’amour avant la guerre, voila qui lui semble plus vraisemblable que de s’en priver pour des questions d’honneur et de qu’en dira-t-on.
Vivre pleinement, ne rien regretter, vivre vraiment.

On peut difficilement être en désaccord avec elle, surtout lorsqu’on se laisse porter par la sincérité des sentiments des deux protagonistes, et par l’écriture documentée mais fluide, imagée et poétique de l’auteure.

La poésie des mots est renforcée par celle des images. L’univers des peintres allemands, notamment Friedrich, est fidélement retranscrit. Des paysages qui se dessinent sous nos yeux s’échappe une sorte de mélancolie qui s’imprime
entre les mots. Sous-jacente, comme un non-dit, comme un silence trop présent.
Cette histoire est une sublime parenthèse, de celles qui sont passées sous silence, alors qu’elles devraient éclater au grand jour.

Parceque la paix passe par le dialogue, l’amitié et l’échange, c’est cette voix que choisissent Glaoda, son père et Herman.
Comme une forme de résistance supérieure”, individuelle et philosophique, ils préférent entretenir des relations hors des carcans de la morale et s’affranchir des circonstances historiques. Parceque l’amitié et l’amour sont
à la fois intemporel et inconditionnel.

Laissons à l’auteure le mot de la fin :

“Je rends à César ce qui est à César et loin de renier Vercors, ayant, au contraire, ressenti sa présence tutélaire au long de mon travail, j’ai envers le Résistant une dette de reconnaissance. (…) C’est à lui, Vercors, que j’aurais aimé d’abord offrir mon livre. Je le dédie à sa mémoire.”

“Les silences de la guerre”, parution le  05/01/2012
Edition Dialogues
200 pages
prix de vente conseillé : 19.90e

Neigeline Bunet

Quelque chose à ajouter ?

  1. Viktor - 8 janvier 2012 à 13 h 26 min

    Je viens de lire d’une seule traite “Les silences de la guerre”, tenu en haleine jusqu’à la dernière ligne par un roman bien conduit, une histoire d’amour,une complicité intellectuelle dans l’esprit pacifiste de Romain Rolland.
    Sudre changera d’avis quand elle aura lu le livre. Ce n’est ni une histoire de fesses ni une collaboration.
    Claire Fourier introduit aussi judicieusement des points d’histoire méconnus qui ajoutent à l’intérêt du livre.
    A lire sans modération.

  2. Sudre - 7 janvier 2012 à 21 h 58 min

    “Faire passer l’amour avant la guerre, voila qui lui semble plus vraisemblable que de s’en priver pour des questions d’honneur et de qu’en dira-t-on” … Mais n’est-ce pas une forme d’éloge de la “collaboration sentimentale” qui fût justement sanctionnée à la libération ? Il semble au contraire que l’on peut facilement être en désaccord avec un tel point de vue.

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