Le féminin tout comme le masculin sont 2 principes dont les définitions ne sont pas figées, mais qui évoluent avec le temps, les époques, varient selon les domaines où ils s’appliquent et offrent beaucoup de différences selon les personnes et les milieux culturels. C’est pour cela que plutôt que parler du féminin, nous allons parler de l’évolution du féminin, dans ses représentations et vécus actuels.

L'évolution du féminin
 

Naissance de la féminité

 

« On ne naît pas femme, on le devient. »

Cette phrase de Simone de Beauvoir, intellectuelle féministe des années 50, est interprétée comme le signe du poids social assignant une place déterminée à la femme dans un rôle de mère, d’épouse, d’ombre.

Je préfère donner à cette phrase une interprétation plus valorisante. En effet, on ne naît pas femme, on naît petit bébé, garçon ou fille. Dès avant la naissance, selon le sexe, bien sûr, on aura reçu des projections de l’inconscient parental et familial, sans parler de l’inconscient collectif reçu en héritage. Puis chacun se construit, et construit sa féminité ou masculinité, en fonction d’un jeu très complexe et indéterminable entre des affects, représentations, images sociales, mouvements psychiques conscients et inconscients.

L’enfant, garçon ou fille, se construit biologiquement dans le ventre d’une femme.

Cependant, le père apparaît très tôt dans la vie de l’enfant. Même dans le ventre de sa mère, le fœtus, en état d’hyper réceptivité, entend notamment la voix du père. De plus, si la mère investit de façon positive le père de son enfant, le père sera alors très présent psychiquement, au même titre que la mère, et très tôt également. Il est présent comme Autre, extérieur. Alors que la mère est cet entourage matriciel dans lequel baigne l’enfant.

Ensuite, la 1ère peau qu’il touche, qu’il sent, qu’il ressent, après le passage traumatique, voire violent, de la naissance, est celle de sa mère. Le père, reconnu aussitôt par le bébé, grâce à la voix, et la qualité de présence à l’autre dans le couple, entre aussi rapidement dans le champ de perception, à une autre place.

La triade femme-homme-enfant est fondatrice. Il y a toujours un père et une mère symboliques, quelles que soient les configurations parentales qui accueillent l’enfant.

La fusion parent-enfant, que ce soit mère-fils, père-fils, ou mère-fille, père-fille crée des fragilités affectives névrotiques que l’enfant devenu adulte devra traiter pour s’en libérer.

De même, l’absence de père, ou la défaillance de la mère, laissent des traces indélébiles sur la vie psychique.

Ainsi dès le démarrage, le féminin et le masculin sont nécessaires et indispensables à un équilibre psychique ultérieur.
 

L’enfance et le féminin

 
Il est faux de penser qu’une fillette qui joue à la poupée le fait parce qu’elle a envie d’être maman un jour et qu’elle se projette dans ce rôle. Le jeu permet de sublimer, de transcender la réalité. L’enfant qui joue à la poupée se projette à la fois dans le rôle de la poupée/enfant et dans le rôle de l’adulte. En les transposant sur les jouets-lieux de projection, l’enfant extériorise ses affects, ses sentiments ambivalents, ses colères, ses peurs, ses tristesses. Le jeu permet ainsi un véritable travail psychique, essentiel chez l’enfant qui fabrique ainsi son intériorité, enrichit son inconscient, élabore son monde personnel et imaginaire

Le jeu de la poupée est universel, et essentiel pour tous les enfants.

De plus, pour l’enfant, le désir du moment n’est pas le fruit d’une construction et d’une expérience de vie, mais le signe d’une spontanéité, d’une immédiateté de ses références et de ses projections psychiques.

Les adultes projettent leurs propres idéologies sur les jeux des enfants, et plaquent leurs jugements d’adultes, ne laissant pas l’enfant libre d’exister comme bon lui semble dans le jeu, nourriture du psychisme en construction.

L’enfant prend conscience des différences sexuelles aux environs de l’âge de 3 ans. Cela fait partie de sa construction, et il doit apprendre à bien gérer cela en lui, et se positionner dans son identité sexuelle. Il doit pouvoir être accepté comme garçon ou comme fille, pleinement, par l’entourage. Et en même temps, s’identifier au sein du groupe du même âge, parmi ses pairs, filles et garçons.

Sur quels éléments cette différence est-elle perçue ?

Tu seras une femme, ma fille !

Chaque parent projette sur son enfant un peu de lui, de ses désirs, et aussi de ses peurs, ainsi que son image de l’enfant idéal.

Il est certain que la mère et le père d’un enfant ne vont pas projeter les mêmes désirs sur leur enfant selon qu’il est fille ou garçon.

Et leur projection imaginaire va dépendre d’éléments totalement inconscients la plupart du temps, issus de leur histoire familiale, personnelle, et de la société dans laquelle ils vivent.

Le père projette sur sa fille sa représentation de la femme idéale. Quelle en est sa définition ? Sa fille incarne le féminin inconscient qui est en lui. Quelle est cette part psychique ?

Le rapport au père, surtout s’il est fort, aura tendance généralement à se distendre à partir de l’adolescence, pour laisser à la fille l’espace d’élaboration de sa vie affective avec des garçons de son âge. En cas de père absent, l’absence peut engendrer une fixation qui, là aussi, prendra une place prépondérante et inhibitrice de la libération de la féminité et/ou de la sexualité chez la fille.

Si le père investit trop le champ psychique de la fille, par sa proximité, sa complaisance, son admiration, si la fille remplace la compagne ou la mère, alors les conditions d’une fixation au père sont réunies. Le père devenu l’homme idéal, pourquoi en chercher un autre ? La séduction du père est une emprise.

La mère projette sur sa fille son vécu de la féminité, ses représentations du rapport de la femme aux hommes. Elle transmet son idéal de femme, telle qu’elle l’a élaboré.

Là aussi, la projection ne doit pas dépasser certaines limites, au risque d’empêcher la fille de devenir la femme qu’elle est, et de fabriquer une fille-revanche, ou une fille se sentant inférieure en tant que femme… Là encore, quand la fille occupe une place fusionnelle dans l’affectif de la mère, le lien sera inhibiteur du développement de l’individualité et de la féminité chez la fille.
 

L’éducation différenciée

 
Le problème de la fille est de grandir avec de grosses charges sur le dos.

Séduire, travailler, « être belle et mince », veiller à son image, à sa réputation, éviter de se sentir une proie, tout en vivant sa vie sexuelle, etc.

S’épanouir professionnellement, dans un monde d’inégalité hommes/femmes, sans renoncer à sa part féminine, à sa vie de femme, potentiellement de mère un jour… La parentalité n’implique pas tout à fait les mêmes exigences et les mêmes investissements coté homme, la plupart du temps.

Ce monde n’est actuellement pas tendre ni facile pour le féminin en construction.

Beaucoup d’idées toutes faites, de clichés et de peurs sont encore bien présents, et entravent la pleine émancipation du féminin.

En conséquence, le féminin se cache lorsqu’il émerge : vêtements très amples, voile pour certaines, allure masculine pour d’autres.

Osez le féminin ! pourrait-on dire. Sans en avoir honte, avec fierté. Sans se renier en tant que femme dans sa différence, mais sans considérer que c’est « moins bien » et qu’il faudrait compenser je ne sais quel manque…

Reste à savoir ce qu’on entend par féminin ?
 

Destin de femme : la place sociale du féminin

 
La définition donnée du féminin est souvent sociale : qu’est ce qu’être femme dans telle ou telle société ? Comme on peut l’imaginer, ce rôle est très différent d’une société à l’autre.

Je pense que l’évolution de la société va continuer dans les dizaines d’années à venir dans le sens d’une égalité plus grande entre hommes et femmes. Tous les domaines auparavant investis principalement par les hommes seront égalitairement choisis par les femmes.

Le féminin va donc changer encore.

L’évolution du siècle dernier montre que le féminin a beaucoup évolué, dans la mesure où les rôles sociaux dévolus aux femmes des milieux bourgeois ont totalement basculé.

Ainsi, leur intelligence pouvant s’épanouir dans tous les domaines jusqu’alors réservés, on s’aperçoit qu’elles peuvent acquérir les mêmes compétences que les hommes.

Il en sera ainsi de plus en plus.
 

Féminin/masculin : l’équilibre

 
On en peut pas parler du féminin ex nihilo, sans évoquer son pendant, le masculin.

Car la définition de l’un comme de l’autre n’est possible qu’en référence avec l’autre.

Prenons la définition des Orientaux du yin et du yang : l’harmonie entre yin et yang est le principe de base régissant le monde, ensemble de forces rendant possible l’existence de l’univers.

L’harmonie du monde est maintenue grâce au yin et au yang, ces deux forces complémentaires générant les changements.

yin-yang

Symbole du yin yang

Ce symbole montre que le tout est composé de 2 parties, complémentaires, inscrites l’une dans l’autre, chacune ayant les qualités de l’autre en elle. Ce n’est pas du tout une conception dualiste, mais une conception uniciste. Un tout unique est composé des 2 parties. Chacune est la conséquence de l’autre. Elles s’engendrent l’une l’autre.

Qu’est ce que le yin ? Le mot signifie ombre. Les mots associés : matériel, caché, lune, femme, nuit, intérieur, minuit, inférieur, profondeur, glace, immobilité, droite, sombre, creux, fermeture, etc.

Qu’est ce que le yang ? Le mot signifie lumière. Les mots associés : immatériel, apparent, solide, soleil, homme, jour, vapeur, chaud, extérieur, midi, superficie, feu, vapeur, mouvement, gauche, clair, pic, ouverture, etc.

Cette conception  enrichit notre réflexion sur le féminin, et le masculin, 2 pôles complémentaires, associés, universels. Tous les phénomènes existants sont une composition entre ces 2 pôles.

Tout est équilibre entre yin et yang à l’extérieur, comme à l’intérieur de nous.

Mais certaines  conceptions des civilisations libérales créent de la séparation, de la dichotomie. Nous avons tendance à raisonner en partant de l’un ou de l’autre. Or, en réalité, l’un n’existerait pas sans l’autre.

Ainsi les qualités yin, d’introspection, d’intelligence émotionnelle, d’intuition, les qualités artistiques, sont moins valorisées dans le monde du travail que les qualités yang, l’agressivité, la compétition, le rationnel.

Autre exemple de déséquilibre : le manque d’introspection chez les hommes. Les hommes se penchent moins que les femmes sur leur vie psychique, peu fréquentent les stages de développement personnel, peu expérimentent les nouveaux outils thérapeutiques.

Le féminin s’explore, se cherche, pense sa vie, construit sa route en avançant avec les difficultés, réfléchit aux différents rôles à mener.

Pourquoi le masculin s’intéresse-t-il moins à ces domaines ? Par quoi est-il aspiré, qui l’empêche de se pencher sur sa vie psychique ?

La différence risque de s’accroître, entre un féminin qui libère son potentiel et se complexifie psychiquement et un masculin qui se durcit et amoindrit ses investissements psychiques et court le risque de la fuite et du mal-être.

Or, un monde où le masculin a peur du féminin, ce qui est le cas actuellement, est en régression. Si les 2 ne peuvent s’harmoniser, c’est le désastre.

Le féminin fait peur car il est insaisissable et a le pouvoir absolu de vie et de mort, s’il n’est pas structuré par le masculin. Le masculin fait peur car il utilise force et contrainte sur le féminin, qu’il écrase, s’il ne s’allie pas à lui.

Rien de plus désastreux que la séparation, l’incommunicabilité, empreinte d’hostilité.
 

Alors, quelle est la définition du féminin ?

 
Est-ce possible de définir le féminin ?

Je ne compte pas donner une définition qui ne pourrait qu’être incomplète et modifiable et sujette à tant d’interprétations !

Je vous propose d’y réfléchir et de lancer des idées, des mots, des phrases, pour indiquer non pas une définition stricte mais une approche de l’essence du féminin, de ce que vous placez dans cette acception. Vous verrez que ce n’est pas si simple !

Surtout si l’on essaie de quitter les définitions issues de clichés d’un autre âge, et qui n’offrent aucune prise avec la réalité. Pourtant ces images ont la vie dure, elles persistent. Ainsi en est-il de l’association féminité = douceur ou fragilité et autres mièvreries sans fondement.

La définition sera différente selon le domaine où elle s’applique. Il existe une essence du féminin, en tant que donnée biologique innée. Et ensuite, nous avons une définition sociale du féminin, très différent d’une société à une autre. Le féminin est aussi psychique. Or, le biologique, le psychique et le social sont en résonance…

Tout est culturel donc soumis aux caractéristiques des groupes sociaux dans leur évolution. Ainsi la féminité prendra un visage et une place différente selon les modes de vie, les systèmes de valeurs, selon les traditions et croyances. Ces caractéristiques évoluent dans le temps.
 

Conclusion : le féminin a besoin du masculin et le masculin a besoin du féminin

 
Le masculin et le féminin n’existeraient pas l’un sans l’autre.

Un jeu particulier a toujours lieu entre le féminin et le masculin

Un jeu à l’intérieur de chacun d’entre nous, un jeu à l’extérieur, dans la vie personnelle, ou sociale.

Ce jeu est parfois de la séduction, mais pas seulement. Réduire le rapport du féminin au masculin à un jeu de séduction est l’appauvrir grandement.

L’enrichissement de ce rapport est à créer et augmenter. Nous avons beaucoup à penser, à élaborer, à réfléchir, à imaginer. Les tensions entre masculin et féminin sont au cœur des problématiques actuelles dans le monde.

La conception éclairée qu’a une société du féminin est le signe de sa modernité.