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Sans chaînes, Entretiens avec Patrick Sébastien – Marc Dolisi et François Darmigny

Écrit par le 31/10/2019 et modifié le 4/11/2019 - Livres - 0 commentaire

Encore un livre avec du Patrick Sébastien dedans ? Oui. Celui-ci s’illustre cependant par une narration partagée entre deux journalistes et un homme qu’il serait facile, pour la formule, de présenter comme un clown triste. Dans Sans chaînes, Patrick Sébastien se réaffirme comme bien plus que ce qu’on pourrait lui prêter, quitte à chagriner une catégorie pas prête à lui accorder tant de casquettes. En s’exprimant sur les circonstances de sa venue au monde, la disparition de son premier fils, son départ de France Télévisions ou encore sa relation à la musique, l’artiste s’ouvre et se découvre une nouvelle fois, blessures plus ou moins profondes comprises. À lire en écoutant Le petit bonhomme en mousse. Mais juste une fois hein.

 
sans chaines patrick sebastien

Résumé

Encore un livre avec du Patrick Sébastien dedans ? Oui. Celui-ci s’illustre cependant par une narration partagée entre deux journalistes et un homme qu’il serait facile, pour la formule, de présenter comme un clown triste. Dans Sans chaînes, Patrick Sébastien se réaffirme comme bien plus que ce qu’on pourrait lui prêter, quitte à chagriner une catégorie pas prête à lui accorder tant de casquettes. En s’exprimant sur les circonstances de sa venue au monde, la disparition de son premier fils, son départ de France Télévisions ou encore sa relation à la musique, l’artiste s’ouvre et se découvre une nouvelle fois, blessures plus ou moins profondes comprises. À lire en écoutant Le petit bonhomme en mousse. Mais juste une fois hein.

Sans chaînes – Entretiens avec Patrick Sébastien
Marc Dolisi et François Darmigny
Éditions Hugo Doc
Paru le 31 octobre 2019
352 pages
19,95€

Auteur

En se limitant à sa carrière d’auteur papier, Patrick Sébastien compte des dizaines de livres à son actif (Tu m’appelles en arrivant ?, Dehors, il fait beau… hélas !, Les joyeux guérissent toujours et, dernièrement, Et si on était bienveillant). À l’intérieur, on y découvre souvent un homme d’apparence éloigné du résumé qu’on peut faire de lui, heureux mais pas imbécile, joyeux mais pas naïf, mais revendiquant sans honte son étiquette de “beauf”. En 2007, il avait signé La cellule de Zarkane sous le pseudonyme de Joseph Lubsky, un personnage qu’il aura incarné jusqu’à pratiquement recouvrir l’interprète.

Notre avis

À l’heure où vous lirez ces lignes, le Brexit, soit le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, devrait être effectif. Pendant de longs mois, il était ainsi acquis que le 31 octobre signerait la fin de l’UE à 28. Mais le 31 octobre, c’est aussi, et à coup sûr ici, la date de sortie de Sans chaînes, un livre d’entretiens avec Patrick Sébastien. Tiens, encore une histoire de liberté regagnée.

À l’origine du projet, les journalistes Marc Dolisi et François Darmigny qui, de par leur titre, n’apparaissaient a priori pas comme les interlocuteurs préférentiels de Patrick Sébastien. Parce que, vous ne l’ignorez pas, la presse ne l’a pas bonne chez celui qui regrette simplement qu’une partie d’elle travestisse sa vérité. Un comble quelque part pour un homme s’étant fait connaître et reconnaître en se glissant voix et âme dans la peau de multiples personnalités. C’est peut-être grâce à la confiance affirmée de l’artiste en l’un d’eux que ces quelque 350 pages ont pu se noircir de la sorte.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Patrick Sébastien se confie à un journaliste, ce précédent remontant à un temps qui pouvait être consigné sur VHS (Patrick Sébastien, portrait d’un bluffeur, documentaire diffusé en 2009 sur France 3 où l’animateur échangeait avec Olivier Malnuit). Cet entretien-là s’était, osons le divulgachâge, conclu de la même manière que Sans chaînes. À savoir par une compréhension affirmée d’un homme qui ne demandait sans doute qu’un minimum de considération pour briser en silence le manteau de préjugés qu’on n’avait, et qu’on n’a toujours, de cesse de lui jeter.

Contrairement aux nombreux ouvrages que Patrick Sébastien a signés de sa main, celui-ci n’est pas exclusivement rédigé à la première personne. Et quand cette dernière se manifeste, c’est introduite par des guillemets, rendant alors la parole plus captivante. Parce que si semblant avoir le bon mot pour n’importe quel thème, Patrick Sébastien se range ici à répondre aux interrogations que l’on pourrait avoir à son sujet, et pas forcément les plus indolores.

Comment vit-il son éviction de France Télévisions, indirectement annoncée par celle qui a longtemps ignoré de l’animateur la plus belle flèche de son carquois télévisuel ? Quel est son rapport à la famille qu’il a appris, contraint, à percevoir découpée, déchirée, mais toujours comme un pilier de sa vie ? Que peut-il se cacher derrière des chansons festives que l’on se plaît à moquer, quand bien même la majorité informée ne serait pas de cet avis ?

Les circonstances de son départ forcé de France Télévisions, bien plus que le mouvement lui-même, ont sensiblement impacté Patrick Sébastien, jusqu’à devenir le moteur d’une nouvelle vie. Dire que cet épisode lui reste en travers de la gorge serait un euphémisme tant celle-ci retient inlassablement la pilule d’un lendemain trop brusque. L’homme demeure néanmoins pétri de projets, lucide sur ses victoires et ses défaites, animé d’un esprit qui n’a jamais fait l’unanimité. En regardant à quel point ses envolées sont oubliées voire dénigrées, on croirait assister à un épisode des Mystères de l’Amour où les personnages semblent imperméables à l’évidence, comme si l’incrédulité leur apparaissait tel un sentiment bien plus confortable. Nombre de fois, les réflexions connues de Patrick Sébastien apparaissent tenir d’un bon sens forcément censuré pour qu’il ne leur soit pas reconnu. Pourquoi ? Parce qu’admettre que ses réussites ne s’appuieraient pas sur des coups de chance et une connivence avec le showbusiness bouleverserait trop fort une société de plus en plus habituée à douter, à se méfier d’une posture dénuée de violence et d’opposition ?

Pourtant, même si vous ne l’aimez pas, il vous aimera peut-être. Il sait très bien qui l’entoure tout en gardant à l’esprit qu’il ne peut affronter une masse si celle-ci avance vers lui pointe contre paume. Au sortir du livre, si le profil de Patrick Sébastien restait encore une énigme pour un certain nombre de lecteurs, le mot “humaniste” serait probablement celui que l’on ressortirait par réflexe. Et dans une société offrant de moins en moins la place à l’humain dans son sens physique, quoi de plus logique finalement que Patrick Sébastien y fasse figure d’anomalie ?

“Sans chaînes” évoque le nouvel album de Patrick Sébastien, “Entre nous”, appelé à être le miroir des disques à la teneur légère qui ont fait de lui le meilleur ami des soirées décomplexées. On apprend qu’un titre appelé “Voilà petit voilà” fera partie de la tracklist. Pourtant, en 2003 sur l’album “Copie conforme”, on y trouvait une piste quasi-éponyme interprétée à la manière de Jacques Brel. S’agirait-il là de mettre de côté un passé inaperçu pour le resservir à peine changé, dans l’espoir de convaincre un peu plus cette fois-ci ? Bien sûr, même en connaissant de très loin Patrick Sébastien, on se doute qu’il ne cherche pas, ou plus, à obtenir l’approbation de ceux qui lui ont choisi une couleur injuste et définitive. Mais quoi de plus beau si dans le “Entre nous”, on pouvait y mettre “eux” ?

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